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    <title>Last posts on feuilleton</title>
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 251</title>
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        <updated>2009-10-07T08:21:00+02:00</updated>
        <published>2009-10-07T08:21:00+02:00</published>
        <summary>  Pewortor avait regretté le poignard laissé dans la tombe de la princesse...</summary>
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          &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/media/00/00/2113051548.JPG&quot; id=&quot;media-32203&quot; alt=&quot;ambre.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Pewortor avait regretté le poignard laissé dans la tombe de la princesse des terres lointaines. Pourrait-il en forger un aussi réussi ? Sa peur était illogique. Son arme était liée à trop de souvenirs. Impossible d’en refaire un nouveau. Il ne pouvait, cependant, rester sans arme personnelle. Elle devrait être plus originale que les glaives superbes qu’arboraient tous les autres neres... ne rien devoir au métal. Elle symboliserait son élévation. Après qu’il avait si longtemps sué pour armer les autres, d’autres, à leur tour, travailleraient pour lui.&lt;br /&gt; Il n’avait pas cherché loin. La pendaison avortée lui avait apporté l’illumination. La mine défaite, les réflexions désabusées du vétéran qui avait prêté son lasso pour qu’on y suspende le fautif avaient suffi. Il avait trouvé. Il l’avait persuadé que sa lanière de cuir, pour avoir servi à aussi sinistre besogne, n’était plus digne de lui. Malgré le sauvetage de dernier instant de Medhwedmartor, il n’avait plus démordu de cette répugnance nouvelle. Il le lui aurait même donné s’il n’avait été reconnu ner peu après. Pewortor avait dû troquer un glaive contre le lasso de honte qu’il aurait, au vu de son ancien statut, obtenu pour rien. Il y avait en compensation fait ajouter un long fouet à couper une feuille au vol.&lt;br /&gt; Il avait eu tort de prendre le lasso. Il n’y serait jamais bon. Les éleveurs disaient vrai. Cet art s’apprend quand on tète encore sa mère. Mais il avait pris goût à jouer du fouet. Il commençait à se sortir de façon honorable de son maniement. Il avançait dans la forêt, se faisait désigner une feuille par son ou ses voisins, selon la largeur du passage, et repérait parmi ces cibles proposées les plus difficiles à atteindre pour les couper de sa mèche. À droite, à gauche, au-dessus des têtes, peu de celles qu’il visait échappaient à leur sort. C’était bien. Il saurait, avant peu, en fendre en plein vol... Et aussi, perspective plus intéressante, le visage de ses ennemis. Enfin, tout plaisir qu’il en aurait, ça ne vaudrait jamais un bon glaive.&lt;br /&gt; &lt;i&gt;&lt;br /&gt; Il sursauta. On parlait, pas très loin... tout près. L’épaisseur de branchages avait amorti les voix. Ils étaient à deux cents pas. Kleworegs marchait en tête, suivi d’un colosse que son cheval peinait à porter. Il s’installa à croupetons sur la branche. Le guerrier-montagne pourrait-il intervenir ? Il ne devait pas s’inquiéter. Il aurait le temps de tuer Kleworegs avant d’être écrasé par les poings énormes. Il n’en demandait pas plus.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les trois hommes avaient mené grand train. Ils s’attendaient, à chaque coude de la sente, à voir l’escorte. Chaque fois leur espoir était déçu. Ils avaient dormi trop longtemps. Les deux guerriers désespéraient. Si leur chef périssait, ils en porteraient la honte jusqu’à leur proche dernier jour. Une telle faute ne s’expie que dans une expédition où la mort est comme eau en lac. Pourvu qu’ils arrivent à temps. Ceux qu’ils voulaient prévenir étaient tout près.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Il avait bandé ses muscles. Kleworegs approchait. Voilà, son cheval levait la jambe pour franchir la racine qui barrait le chemin. Encore en instant, ma victime... Profite de ton ultime souffle de vie, fais-le durer, durer. Moi aussi, je voudrais qu’il dure une éternité. Jamais homme n’a été aussi puissant que moi en ce flocon de temps !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 250</title>
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        <updated>2009-09-19T10:12:00+02:00</updated>
        <published>2009-09-19T10:12:00+02:00</published>
        <summary>      Il suivait l’escorte à distance. Il n’avait pas mis longtemps à la...</summary>
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          &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/media/00/01/2113051548.JPG&quot; id=&quot;media-32169&quot; alt=&quot;ambre.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Il suivait l’escorte à distance. Il n’avait pas mis longtemps à la rattraper après son somme. Voilà environ deux pas de Sawel qu’il maintenait le même intervalle entre eux. L’étroite piste était idéale pour sa traque. Au moindre bruit suspect, il se réfugierait dans les sous-bois, peu denses. Il les emprunterait quand il voudrait la dépasser en secret. Il avait déjà repéré, sur l’étroit chemin, des rétrécissements, des étranglements, à peine assez larges pour laisser passer un chariot. Même longs de quelques pas, ils convenaient à ses desseins, surtout ceux où deux arbres jumeaux entrecroisaient à faible hauteur leurs branches parasitées de gui ou de lierre.&lt;br /&gt; Il faillit se laisser surprendre par la brusque halte. Quelle idée de s’arrêter alors qu’un bon moment encore restait à courir avant que le soleil n’entre en septentrion ! Il prit un chemin de traverse. Cette halte tombait à pic. Il aurait tout le temps pour tendre son piège et trouver le meilleur endroit pour se poster en embuscade. Il revint, sitôt assuré de passer inaperçu, sur la piste principale. Il y chevaucherait jusqu’au coucher de l’astre du jour. Il choisit son endroit pour être sûr d’être réveillé par le premier rayon de soleil. Il devrait partir tôt et aller à pas lents, jusqu’à ce qu’il trouve le lieu idéal pour guetter sa victime... fondre sur elle.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;b&gt;Il était content de lui. Il serait auprès de Kleworegs le lendemain, au milieu ou en fin de l’après-midi. La halte choisie par le roi avant de pénétrer dans la forêt était idéale. Le sommeil le prenait. Il s’y installa. Il se versa une grande gorgée de l’hydromel du maquignon. Il était sur. Quel dommage de n’avoir cassé que deux dents à ce pourri !&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; Il n’y avait plus que quelques enrhumés. L’on n’attendrait pas qu’ils soient guéris pour repartir. Il n’y eut guère de protestations, sauf celles de deux vétérans bien enchifrenés. Ils auraient volontiers dormi plus longtemps. Leurs reniflements leur donnaient un ton nasillard et geignard. Il ne leur faisait guère honneur. Leur aspect était à l’unisson. Il soupira. Qu’ils restent près du feu, pourvu qu’ils l'aient rejoint avant le soir !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Il était parti depuis plus d’un pas du soleil. Il faisait avancer son cheval au pas, regard fixé vers les branches fortes dominant la piste. Beaucoup lui plaisaient, solides et bien placées... Aucune ne répondait à son désir de discrétion. Il devait être caché au-dessus du chemin emprunté pour tomber sur sa victime et l’abattre avant que son escorte ne réagisse. Toutes celles où il aurait pu se jucher auraient plutôt souligné sa présence. Il continua. Rien, encore rien, toujours rien. Elles le laissaient toutes à découvert ; les enchevêtrements qui l’auraient caché étaient trop fragiles ou trop haut. La lisière de la forêt n’allait plus tarder à apparaître. Il fallait qu’il trouve, pourtant.&lt;br /&gt; Si ce passage pouvait convenir ! Il était étroit, et barré par une racine sortant du sol, assez haute pour obliger un cheval à la passer en levant les pattes. Ils ralentiraient pour le franchir. Il n’y aurait pas de meilleur endroit pour frapper. Hélas, les brindilles entortillées le surmontant, idéales pour cacher un homme, ne tiendraient pas quand il voudrait s’élancer. Il ne pourrait fondre sur son ennemi comme l’oiseau de proie. Il serait plutôt oisillon tombant du nid.&lt;br /&gt; Il sauta par dessus la racine et se retourna vers le fragile entrelacs. Maudit soi/... Il avait parlé trop tôt. Juste au-dessus était une branche solide, d’où il prendrait son élan quand il sauterait sur la monture de son ennemi, pour lui trancher la gorge.&lt;br /&gt; C’était la configuration idéale, tant souhaitée, tant cherchée. Les ramilles le cacheraient de la troupe survenant l’âme en paix, chacun assuré de sa sécurité. Il réexamina sa cachette. En regardant en l’air sous un certain angle, on se rendait compte d’une présence éventuelle. Il haussa les épaules. Ils surveilleraient les sous-bois, non les airs. Il monta sur l’arbre et se coucha sur la branche. Il pouvait se reposer et même somnoler un peu. L’escorte était assez bruyante pour le réveiller. Il n’en fit rien. Sa vigilance l’aurait tenu les yeux ouverts, eût-il veillé une main de nuits.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 249</title>
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        <updated>2009-09-01T09:27:00+02:00</updated>
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          &lt;p&gt;Il s’était posé les mêmes questions, avait fait les mêmes déductions. Son voleur oublié, seuls importaient le roi du Joyau et ses hommes. Il suivrait leur piste dès le point du jour. Il dormirait en attendant. Bien reposé, il parcourrait une plus longue étape. Il serait le soir à très courte chevauchée de qui il cherchait.&lt;br /&gt; Il se fit un lit de branchages – le sol était mouillé – et se couvrit de son épaisse peau de loup. Le froid ne put rien contre lui. Ses montures coupaient le vent. Leurs flancs fournissaient une agréable chaleur. Il s’assoupit sans tarder.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;L'escorte avait pris la grande trouée. Il retourna auprès de son cheval dormant déjà. Il l’aurait volontiers imité jusqu’au coucher du soleil. Le devoir primait. Son somme serait très bref. Au besoin, il somnolerait dessus. Il devait à un moment quelconque la rattraper et passer devant.&lt;br /&gt; Il avait eu un signe en revenant près du coursier. Un milan fondait du ciel sur sa proie. Il avait remercié les dieux. Sa seule chance d’atteindre son ennemi était le guet-apens. Frapper, tuer, et... Ils savaient ce qui lui arriverait ensuite. Il s’en remettait à eux.&lt;br /&gt; Il dormit tranquille. À son réveil, frais et dispos, le soleil était à mi-course vers son plus haut. Son poursuivant était en route depuis l’aube, dernier de ses soucis.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La chevauchée continua. L’escorte avançait parmi les arbres dont les dernières feuilles tombaient, malgré une résistance désespérée et inutile. Les rares à survivre mourraient au printemps, tuées par la sève nouvelle. La seule tache verte restait les immenses bois de résineux, refuge des loups et autres mange-miel. Cette partie de la forêt était plus calme. Les fauves ne trouvaient que maigre pitance dans l’immense futaie au sol de feuilles pourrissantes.&lt;br /&gt; La piste, sans être large, aurait permis à deux chariots, sauf en quelques passages étranglés, de se croiser avec un minimum d’efforts et de bonne volonté. Elle n'autorisait pas pour autant une longue halte. Il fallait, pour trouver un gîte parfait, où les montures se débanderaient et paîtraient tout à leur aise, parvenir à une clairière naturelle, bien élargie par les nombreux voyageurs. Elle donnerait l’hospitalité idéale. Ils pressèrent le pas. Ils arrivèrent, bien avant ciel rouge, dans d'anciens essarts où passer la nuit. Il faisait un peu meilleur. Ils prendraient un sommeil réparateur. Ils se présenteraient fiers et fringants. Quelle allure auraient-ils sinon, tout couverts de belles fourrures et équipés d’armes de héros qu’ils étaient, goutte au nez et reniflant ? Que chacun se repose jusqu’à santé revenue !&lt;/p&gt;
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 248</title>
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        <updated>2009-08-03T13:14:47+02:00</updated>
        <published>2009-08-03T13:14:47+02:00</published>
        <summary>   Le messager savait quelle trouée emprunter. Le jour même où ils avaient...</summary>
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          &lt;p&gt;&lt;br /&gt; Le messager savait quelle trouée emprunter. Le jour même où ils avaient renoncé (Que pouvaient-ils faire d’autre ?) à se reposer dans les parages du village inondé, ils trouvèrent un petit abri à l’entrée de la piste. Ils y dormirent tout leur saoul. Il se lamentait sur son Walkwis. Il deviendrait un immonde nid de moustiques. Ses compagnons tentèrent de le consoler. On créerait tout près un nouveau rendez-vous de trappeurs et de chasseurs, aussi vivant et animé. Cela ne lui fit aucun effet. Il avait attrapé un sérieux rhume sur les ruines du wiks de son enfance. Cette conjonction de maladie et de destruction était un présage funeste.&lt;br /&gt; Kleworegs regardait sa troupe. On y toussait, éternuait, crachait, se mouchait à tout va. Même Pewortor, fier pourtant de sa solidité à faire honte au roc, éternuait, de temps à autre, en sonorités à faire s’écrouler une montagne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Il essayait de trouver la piste de l’escorte. Pendant longtemps des caravanes avaient fait la navette entre le marché aux fourrures et Kerdarya. En désespoir de trouver les traces de ceux qu’il cherchait, il suivrait la plus fréquentée, aux ornières les plus profondes. Les autres menaient à des culs de sac ou l’éloigneraient. Si son instinct le trompait ? Il fut vite rassuré. Accroché à une tige d’herbe brillait, sous le soleil, un gros crachat sanguinolent. En un instant, des centaines de détails à peine entrevus, encore moins remarqués, tout au long de son chemin, se remirent en place. Il était tombé juste. Elle était tout près, au bout de cette route. Pourvu qu’ils n’aient pas envoyé un détachement en surveiller les arrières ! Le risque en était mince. On n’attend pas, en terres amies, celui dont le cheval a voulu muser ou souffre des sabots. Il pourra toujours rejoindre les siens à leur halte.&lt;br /&gt; Continuerait-il jusqu’à la rejoindre et l’observer au cas où il devrait frapper de nuit ? S’arrêterait-il dès qu’il verrait un lieu assez abrité ? Il opta pour le premier terme. Même s’il ne devait qu’entr’apercevoir sa cible, et s’endormir aussitôt après, le but entrevu mettrait dans ses veines une nouvelle puissance et conforterait sa volonté. Il se sentirait plus assuré pour sa vengeance. Il n’avait jusqu’à présent qu’entendu un nom. Il devait, pour savoir s’il aurait la force de frapper, voir un homme.&lt;br /&gt; Il chevaucha, chevaucha dans la nuit. Ses yeux se fermaient, il baillait. L’orée du bois se rapprochait. Soudain, sous les rayons de lune tombant d’entre les branches dépouillées, il vit un petit feu, et de nombreux petits monticules entourant un monticule plus gros... Kleworegs, son escorte, son chariot... Il touchait au but.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il s’était installé tout près du camp. Ils allaient se réveiller. Il attendait, impatient. Il apercevrait Kleworegs avant de s’endormir. Il avait fait un long détour et attaché son cheval à bonne distance pour éviter que, sentant ses congénères, il ne hennît. Il se tenait derrière un buisson de ronces. Elles avaient perdu presque toutes leurs feuilles, mais avaient poussé drues, serrées à former un muret qui le cachait, et hostiles. Personne ne viendrait par ici. À condition de ne pas s’endormir de fatigue sur les épines, son poste de guet était plus confortable que celui d’où il avait observé son sanglier.&lt;br /&gt; Le petit camp était silencieux. Les sentinelles, zélées, tendaient l’oreille au moindre bruit. Il avait avancé, furet, en tapinois. Elles n’avaient rien remarqué de son approche et de son affût muets. Le feu s’éteignait à mesure du lever du soleil, comme si sa pauvre lueur s’effaçait devant l’éclat céleste. Les guerriers s’éveillèrent.&lt;br /&gt; Ils se plaignaient de la fraîcheur nocturne. Quelle fraîcheur ? L'attente avait coupé en lui toute sensation. À mesure qu’ils s’étiraient et se levaient, il tentait de deviner lequel allait mourir. Certes pas le colosse qui se raclait la gorge et venait de cracher vers le buisson, le manquant de peu malgré la distance. Le borgne qui le saluait avait bien une prestance royale, mais Kleworegs eût été connu sous ce nom s’il avait perdu un œil. Assez joué aux devinettes ! Il le saurait vite. C’est toujours le roi qui donne le signal du départ. Pourvu qu’ils ne tardent pas. Le sommeil le gagnait.&lt;br /&gt; L’ankylose se mit de la partie. Il tint bon. Cette attente l’avait édifié. L’attaque de nuit, furtive et imparable, était exclue. Les gardes ne l’avaient pas remarqué pour la seule raison qu’il était resté au-delà du cercle de sécurité qu’ils s’étaient tracé. Le corps du mulot que le plus gros avait tranché en deux, rien que pour vérifier ses réflexes et s’assurer de sa précision, était là pour le prouver. Il n’aurait pas le temps, de cette façon, d’accomplir sa vengeance.&lt;br /&gt; Il revint à l’escorte. Ils étaient à cheval, prêts à partir. Un grand homme mince et musclé, à sa tête, levait son bras armé.&lt;br /&gt; – Pour la gloire de notre nom, en route, compagnons !&lt;br /&gt; Kleworegs ! C’était lui ! Il savait enfin à quoi il ressemblait.&lt;br /&gt; La seule chose qu’il ne savait pas encore était comment il le tuerait, mais il le tuerait. Ça, il le savait.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 247</title>
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        <updated>2009-08-01T17:12:37+02:00</updated>
        <published>2009-08-01T17:12:37+02:00</published>
        <summary> ... Maudit soit-il pour sa bêtise ! Jamais il n’avait autant dormi – un jour...</summary>
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          &lt;p&gt;... Maudit soit-il pour sa bêtise ! Jamais il n’avait autant dormi – un jour où il ne fallait pas paresser – depuis plusieurs mois. Il avait calmé la douleur de sa pommette en mâchant l’herbe qui endort. À force d’en reprendre, il était tombé dans un long sommeil. Tout le terrain gagné la veille avait été perdu. Il n’était plus que grignotage de souriceau face à l’énormité du champ repris par sa cible. Il sauta sur son cheval. Les lamentations ne feraient que le retarder. Il ne lui restait qu’à prévenir celui qu’il voulait sauver.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L’année s’avançait. Le temps, à l’approche de l’hiver, se mettait au gel. Le froid ne les gênerait pas longtemps. Leur prochaine halte serait Walkwis, le grand marché à fourrures, débouché naturel de la forêt s’étendant de ses confins jusqu’à Kerdarya. Avec ses nombreuses tanneries, il exhalait une puanteur qui le signalait de loin. Une autre senteur les accueillit. Ils trouvèrent, à leur grande surprise, au lieu d’un rendez-vous de trappeurs, un bourbier couvert d’un épais brouillard de miasmes fétides. Ses rares habitants les renseignèrent. Ce malheur était tout récent. Des mouvements de terrain avaient surélevé et déplacé le lit des rivières sur les rives desquelles travaillaient les corroyeurs. Walkwis ne serait bientôt plus qu’un nom dans les mémoires, à moins qu’il ne devienne Laksis, Celui du poisson.&lt;br /&gt; Ils étaient unanimes. Pas question de rester un instant de plus dans le village inondé et détruit ! Ce fut encore trop pour la moitié de la troupe. Elle ne garda de ce court séjour qu’un rhume persistant. Le nez des derniers malades coulait encore la veille de leur arrivée.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Maudits jumeaux de la nature ! Il était arrivé à ce qui ne serait plus jamais Walkwis. Il y avait appris le passage en flèche de sa cible. Il fulminait. Quelle malchance que l’ancien rendez-vous des trappeurs ait été envahi par les eaux ! Kleworegs y dormirait encore ou n’en serait, au pire, éloigné que d’une brève chevauchée. Au lieu de cela, il était déjà bien engagé dans la forêt, par n’importe laquelle de ces trouées au loin. Aucun de ceux capables de lui dire la bonne n'était resté. Il n’abritait plus que des vagabonds en haillons. Ils fouillaient la boue qui cachait peut-être des poteries, des bijoux, des armes. Il préféra ne pas les déranger plus longtemps. Son interlocuteur était tombé sur un filon... décevant. Des beaux tissus ne supportent pas une immersion prolongée. Il s’éloigna.&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; Ceux qui exploraient la vase n’avaient jamais autant été dérangés. Un troisième fâcheux avait surgi. Il était juché sur une bête superbe et en tenait une autre par la bride. Ils ne relevèrent même pas la tête. Ils ne s’étonnaient plus de ce défilé. C’était des retardataires. Ils le renseignèrent sans cesser leur travail. Les siens devaient avoir pénétré dans les bois depuis la veille, après leur départ du « village » trop humide à leur goût. Ils ignoraient par où... Une trouée, dans la forêt. Tout le reste serait supposition ou mensonge.&lt;br /&gt; Il la regarda, au loin, pourpre sous le crépuscule. Le rouge de ses cimes embrasées avait des lueurs de sang.&lt;br /&gt; Il se mit en marche vers sa lisière. Il ne s’arrêterait qu’au pied des premiers arbres. Il ne craignait pas la nuit. Seul la perspective d’un sommeil mauvais – il userait sa vigilance – ou trop long – il laisserait sa cible prendre encore du champ – l’effrayait.&lt;/p&gt;
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 245</title>
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        <updated>2009-07-26T13:02:46+02:00</updated>
        <published>2009-07-26T13:02:46+02:00</published>
        <summary> Il réfléchit. L’acquéreur avait été bien léger. Il aurait dû s’étonner de ce...</summary>
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          &lt;p&gt;Il réfléchit. L’acquéreur avait été bien léger. Il aurait dû s’étonner de ce troc trop favorable. Il comptait gruger un naïf. L’arrivant, lui, pouvait être un voleur habile. Il s’était entendu avec un complice. Il lui avait confié son cheval à vendre. Maintenant, sous couvert de son malheur affiché, il tentait de le reprendre à son acheteur. Le jugeait-il assez crédule pour accepter de le lâcher ?&lt;br /&gt; Marchand, voleur. C’était une seule et même sale engeance. Il décida de ne pas décider. Les dieux s'en chargeraient.&lt;br /&gt; – L’étalon Albhos Ster a appartenu au guerrier qui le réclame, mais lui a-t-il été volé ces jours-ci ou l’a-t-il vendu il y a longtemps, et espère-t-il le récupérer par ruse et cautèle ? Il faudrait des témoins. Avant de les trouver, nous serons tous morts. Qu’il se soumette au jugement des dieux ! ...&lt;br /&gt; Il se dirigea vers une haute barrière. Il se campa à sa droite.&lt;br /&gt; – Si ce coursier à l’étoile blanche est tien, tu le maîtrises bien. Fais-la lui sauter. Cela n’est possible qu’avec une bête qu’on a bien en main et qui fait corps avec son cavalier. Si tu réussis, tu repars avec lui, et tu prends une bête de ton choix à ton accusateur. Sinon, il le garde, et tu lui donnes le tien. Il en sera de même si tu refuses cette épreuve. Ta réponse ?&lt;br /&gt; – En doutes-tu ! ?&lt;br /&gt; Le prêtre alla prendre le cheval par la bride. Il le lui amena. Le convoyeur flatta la tête de son ami, et sauta d’un coup sur son dos. Plusieurs guerriers, non loin, le guettaient, juchés sur leurs montures. Ils s’attendaient – l’envie l’en avait effleuré un instant devant la difficulté de l’épreuve – à ce qu’il tente de fuir. Il ne leur offrirait pas ce plaisir. Difficile n’est pas impossible. Les dieux l’aideraient. Il prit son élan.&lt;br /&gt; Les sabots arrière frôlèrent la barre. Les acclamations le rassurèrent. Il avait réussi. Il avait fermé les yeux en sentant le léger choc sur le bois. Quand il les rouvrit, une petite foule l’entourait et tapotait les flancs de son cheval. Un autre groupe serrait et insultait son accusateur. Il les héla.&lt;br /&gt; – Laissez-le !&lt;br /&gt; Il s’avança vers lui. L’homme regardait ses doigts de pied, buté et morose. Il serait chevaleresque.&lt;br /&gt; – Inutile de m’emmener à ton enclos choisir ma bête ! C’est fait. Je prendrai celle qu’on t’a volée. Je n’en veux pas d’autre.&lt;br /&gt; Le marchand soupira. Il s’en tirait à bon compte. Il ne put faire moins que de lui donner d’abondantes provisions. Ses renseignements étaient bien plus rares. Le cheval bai échangé contre Albhos Ster ressemblait à des centaines, à des milliers d’autres. Qui brouille ainsi sa piste prépare un mauvais coup. Il fallait reprendre la route.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il était parti depuis un bon pas du soleil. Ses côtes lui faisaient mal. Il s’arrêta un moment. Il était un peu tôt pour se coucher, mais un surcroît de repos lui ferait du bien. Son antagoniste n’avait pas épargné ses coups. Il avait été trop indulgent. Qu’est-ce qui l’avait pris de refuser le coursier qu’il lui devait ? Sa volonté de rattraper son voleur l’étonnait plus encore. N’avait-il pas eu ce qu’il voulait ? Blanche Étoile paissait à quelques pas... Et il continuait sa chasse, devenue vaine... Rien que pour se venger des coups reçus ? Non, il y avait autre chose. C’est lui qui avait suggéré à ses amis de trouver Kleworegs. Le voir, s’en faire connaître, le protéger de son ennemi, devenir en le sauvant un héros célébré, était son nouveau but. Il ne poursuivait plus son voleur, mais la gloire. Sa nouvelle cible était bien plus digne que l’ancienne. Avec quel plaisir, sinon, les aurait-il attendus !&lt;/p&gt;
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 244</title>
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        <updated>2009-07-21T14:43:45+02:00</updated>
        <published>2009-07-21T14:43:45+02:00</published>
        <summary> « Albhe Ster ! Blanche étoile ! »  Le nouvel arrivant avait crié. Le cheval...</summary>
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          &lt;p&gt;« Albhe Ster ! Blanche étoile ! »&lt;br /&gt; Le nouvel arrivant avait crié. Le cheval troqué le matin même hennit et rua. Il mordit la longe qui le tenait attaché pour se délivrer et rejoindre qui l’avait appelé. Son acquéreur blêmit. Les ennuis arrivaient. Il avait eu tort de se féliciter de la naïveté du jeune vendeur, échangeant son étalon contre une bête certes robuste et rapide, mais sans rien d’exceptionnel. Il l’avait volé.&lt;br /&gt; L’homme s’approchait, décidé à reprendre son bien. Il l’était tout autant à ne pas le lui rendre. Ce cheval était trop beau. Il le garderait, ou ne le troquerait qu’aux conditions que le mange-miel des contes impose dans les partages. Il se prépara à faire face.&lt;br /&gt; – Dis donc, ce cheval-là m’appartient !&lt;br /&gt; – T’appartenait, veux-tu dire. Il est fidèle, en tout cas. Il te reconnaît longtemps après que tu l’as abandonné.&lt;br /&gt; – Qu’est-ce que tu racontes ! On me l’a volé il y a quelques jours. Tant pis pour toi, mais tu dois me le rendre. Je te fais serment que pour ce geste, je continuerai à courir sus au voleur et te ramènerai celui que tu lui as cédé.&lt;br /&gt; – Tiens, tiens, on ne me l’avait encore jamais fait, ce coup-ci. Tu crois que je n’ai pas compris ! On n’aime pas beaucoup les voleurs de chevaux, ici.&lt;br /&gt; – Mais tu m’insultes ! Ça, je l’aime encore moins !&lt;br /&gt; Le jeune convoyeur était solide. Son coup de poing atteignit le maquignon à la pointe du menton. Il l’étendit pour le compte. L’autre se releva. Son crochet au foie jeta le convoyeur au sol, bras en croix. Il se remit sur ses pieds, s’ébroua. Ils s’agrippèrent par la tunique, s’insultèrent, échangèrent des coups.&lt;br /&gt; La foule, ameutée « Eh, les gars, il y a un bourre pif au grand enclos ! » était accourue. Elle se passionnait pour la bagarre. Les adversaires semblaient de force égale. La lutte durerait. Quelqu’un s’enquit enfin de l’origine du pugilat. Il alla prévenir le bhlaghmen. Un vol de chevaux ne se règle pas à la légère.&lt;br /&gt; Il arriva. Il les fit séparer. À part une pommette éclatée d’un côté, deux dents cassées de l’autre, rien de bien grave. Il les interrogea jusqu’à plus soif. Les pugilistes expliquèrent, avec force reniflements, les tenants et aboutissants de leur querelle. Le récit du marchand, certain de son bon droit, fut bref. Le convoyeur, pour prouver sa bonne foi, s’expliqua en détail et reprit l’affaire depuis le vol de sa bête dans le bien, bien petit village. Aucun n’en voulait démordre de ses prétentions. C’était au bhlaghmen d’arbitrer.&lt;/p&gt;
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 243</title>
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        <updated>2009-07-19T14:06:45+02:00</updated>
        <published>2009-07-19T14:06:45+02:00</published>
        <summary>  Le passage de Kleworegs avait fait grand bruit. Il n’eut aucune difficulté...</summary>
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          &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le passage de Kleworegs avait fait grand bruit. Il n’eut aucune difficulté à s’enquérir de sa route. Il parvint vite à Gwowomakwelya. Si le temps des grandes foires était terminé, il y restait encore nombre de guerriers désireux de troquer leurs bêtes. Il serait sage de brouiller sa piste. Sa monture était trop reconnaissable avec son étoile blanche au milieu du front. Il s’était trop fait remarquer à demander son chemin. Son poursuivant éventuel devait être à ses trousses. Il prendrait un cheval anonyme, bon coursier, à la robe le plus neutre possible. Il trouverait sans peine troqueur.&lt;br /&gt; Il parcourut des yeux les enclos. Les guerriers souhaitant céder leurs chevaux les y avaient installés. Tous le regardaient, envieux. Lui qui voulait être discret ! Il finit par trouver son bonheur. Un troupeau assez important pour que son convoyeur n’en connaisse pas bien les bêtes une par une. Il en repéra parmi elles plusieurs banales au plus haut point, à ne pouvoir les distinguer. Il y choisirait sa nouvelle monture.&lt;br /&gt; Il s’approcha. Le bel étalon était une aubaine. L’échange fut vite conclu. Il profita de ces dispositions. Son vendeur lui fournit tous les renseignements qu’il désirait. Kleworegs était passé peu avant. Il pourrait le rejoindre dans la forêt entre Walkwis et Kerdarya. S’il se pressait, il le rencontrerait vite. Ils pourraient cheminer de compagnie deux jours durant.&lt;br /&gt; Il exprima sa joie de retrouver bientôt celui qu’il cherchait. Le marchand lui sourit... S’il pouvait le rappeler à son bon souvenir. Il amènerait bientôt de beaux coursiers à Kerdarya. Il serait honoré que le guerrier au Joyau vienne choisir une monture dans son cheptel. Le gamin soupira.&lt;br /&gt; – Je crains que mon influence ne suffise !&lt;br /&gt; L’étrange sourire ! Ce n’était pas son problème. Il avait fait une bonne affaire, puisse-t-elle préfigurer la journée ! Il salua le départ de son client et lui souhaita la faveur de Bhagos. Le jeune homme ne répondit pas. Il caressait la lame de son poignard.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;b&gt;Le&lt;/b&gt; vendeur faisait la sieste. Il n’avait rien troqué depuis le matin, même si des amateurs s’étaient enquis de sa nouvelle acquisition. Il avait mis la barre très haut. Aucun chaland n’avait poursuivi à l’audition du prix demandé. Ils s’étaient en revanche intéressés à d’autres bêtes. Plusieurs seraient parties ce soir.&lt;br /&gt; Il se réveilla. Le vent avait chassé les nuages. Ses visiteurs allaient revenir. De nouveaux clients, cherchant une monture d’élite, se présenteraient. Pourquoi pas celui-ci, scrutant tous les enclos d’un regard acéré ? Un peu jeune, mais il avait tout de l’acheteur potentiel. Un homme qui s’y connaissait en chevaux, un client avec qui il serait bon de conserver des relations, si jamais ils faisaient affaire. Peut-être l’avant-garde d’un groupe de convoyeurs l’attendant plus loin. S’avancerait-il à sa rencontre ? Mieux valait ne pas bouger. Il serait en plus forte position pour négocier... Et à quoi bon ? Il se dirigeait vers &lt;b&gt;lui&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 242</title>
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        <updated>2009-07-12T11:51:06+02:00</updated>
        <published>2009-07-12T11:51:06+02:00</published>
        <summary>   Les  convoyeurs ne se réveillèrent qu’au milieu de la matinée. Les vapeurs...</summary>
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           &lt;p&gt;&lt;b&gt;Les&lt;/b&gt; convoyeurs ne se réveillèrent qu’au milieu de la matinée. Les vapeurs de l’ivresse embrumaient encore leur esprit. Entre ceux qui voyaient double et ceux qui n’en croyaient pas leurs yeux, il leur fallut un bon moment pour se mettre d’accord : il leur manquait un cheval ! ... Ce n’est qu’au début de l’après-midi qu’ils virent un rapport entre l’absence du jeune homme et la perte d’une de leurs bêtes. Le sale petit voleur avait bien choisi. La plus belle, dont ils espéraient tirer le meilleur prix. Il ne leur restait qu’à pleurer la monture enfuie, et tenter de vendre mieux les restantes pour compenser sa perte.&lt;br /&gt; Le plus jeune ne l’entendit pas de cette oreille. Ce cheval était son préféré. Il avait capturé sa mère au lasso, l’avait mis au monde, s’en était occupé poulain. Même s’ils partageaient tout en parts égales, il n’entendait pas perdre la bête qu’il avait élevée. Il poursuivrait le voleur. Ils soupirèrent. Il pouvait être n’importe où. Retrouver une aiguille dans un pré serait plus facile.&lt;br /&gt; – Faites ce que vous voulez ! Moi, je laisse pas tomber !&lt;br /&gt; Leurs hôtes étaient emportés contre le ravisseur. Ils ne se feraient pas faute de lui indiquer tout ce qu’ils avaient pu deviner de ses intentions et de sa destination. Il alla voir le chef et attisa sa rage. L’homme lui cracha tout ce qu’il savait du misérable. Son discours indigné manquait de cohérence. Il mettait tous les faits, anodins comme importants, sur le même plan. Il écoutait tout ce fatras, essayant d’y trier ce qui pourrait servir à sa quête. Cet intérêt qui sonnait faux pour Kleworegs ! Ces mines hostiles et ces rictus quand on évoquait ses exploits ! Son voleur poursuivait Kleworegs... pas pour l’honorer, pour lui nuire. Il s'en serait, sinon, enquis sans détours.&lt;br /&gt; Qui était ce Kleworegs ? Où le trouverait-il ? Par chance, il avait parlé des deux grands villages où il ferait halte. Le voyou, même à grand train, ne le rattraperait qu’un jour ou deux avant Kerdarya. Déjà plus d’une demi-journée de retard ! Quel dommage que le cheval volé soit si rapide et docile ! Enfin, il avait un petit avantage ! Il connaissait le chemin le plus direct jusqu’au grand marché à bestiaux quand l’autre perdrait son temps à chercher sa route. Ce ne serait hélas pas suffisant.&lt;br /&gt; Ils discutèrent encore longtemps. Deux avaient passé le coursier aux profits et pertes. Ils s’élevaient contre son projet. Les deux autres appuyaient leur compagnon déterminé à le reprendre et à châtier son ravisseur. Il se fâcha. Chaque instant perdu, c’était un peu plus de champ donné au malfaisant... Et à défaut de vengeance, qu’ils songent au profit ! Kleworegs pourrait acheter leur troupeau. Ils se mirent d’accord. Qu’il parte à la recherche de sa bête ! Ils remontaient sur Kerdarya. Quant à lui, s’il pouvait oublier le vol et avertir le roi du danger... Sa reconnaissance valait le plus beau cheval. La suggestion était bonne, mais il ne s’y résoudrait qu’une fois récupéré son favori... Et il avait passé l’âge de recevoir des ordres, même &lt;b&gt;déguisés.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 241</title>
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        <updated>2009-06-27T15:43:08+02:00</updated>
        <published>2009-06-27T15:43:08+02:00</published>
        <summary>   Il avait talonné son cheval. La course à bride abattue l’avait emporté...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;&lt;i&gt;Il avait talonné son cheval. La course à bride abattue l’avait emporté loin. Il se mit au pas. Il suffoquait de honte. L’absinthe de l’opprobre brûlait sa gorge. Ses hôtes le voueraient aux forces noires ; les convoyeurs enverraient un homme à sa poursuite. Les dieux sondent les reins et les cœurs. S’il devait être maudit parmi les hommes, qui ne sauraient jamais la raison profonde de ses actes, leur indulgence lui était acquise. Il avait des provisions, une bonne arme. Rien d’autre n’importait. Une fois son devoir accompli, il livrait son corps et sa mémoire à ceux à qui il avait manqué. Ils ne pourraient guère le lui faire payer. Les hommes de Kleworegs l’auraient mis en pièces avant.&lt;br /&gt; L’aube éclaircissait le ciel. Le jour serait frais et sec. Les sabots de son cheval ne marqueraient pas le sol. Maigre répit ! Quelques questions, un brin de réflexion, ils devineraient où il allait. Il s’était – que pouvait-il faire d’autre ? – trop intéressé au roi du Cheval ailé. Ils sauraient qu’il était à ses trousses. Tout dépendait du moment où ils se réveilleraient, constateraient leur malheur, décideraient de le venger. Ils ne pouvaient abandonner leurs bêtes. Un seul partirait à ses trousses. Ce serait endurance contre endurance, ruse contre ruse. Il lui échapperait le temps nécessaire.&lt;br /&gt; Kleworegs n’aurait pas cette chance... Il ne savait pas sa némésis en marche.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle migraine ! Les mouches à miel vrombissaient sous son crâne ; il n’arrivait pas à décoller ses paupières. Il cracha sur le bout de ses doigts et se les passa sur les yeux. Il put enfin les ouvrir. Medhwedmartor, seul solide, soulevait et lançait au loin de lourdes pierres. Tout le reste de l’escorte sortait du lourd sommeil de l’ivresse. Pourvu que les gardes du k’rawal n’aient pas suivi son mauvais exemple ! Le Joyau, entouré du respect inhérent à tout objet sacré, ne risquait rien. Mieux valait cependant que ses protecteurs restassent lucides à tout instant.&lt;br /&gt; Il s’étira, se leva, gourmanda ses troupes. Des yeux s’écarquillèrent, des bouches s’ouvrirent en longs bâillements, on grogna, on grommela, mais tous furent bien vite debout.&lt;br /&gt; Il avait soif. Il se fit apporter une grande outre d’eau, glacée comme la rosée du matin. Il se sentit tout de suite mieux. Le vrombissement dans sa tête décrût, disparut. Il fit jouer ses muscles. Il les sentit s’assouplir. Cette nuit d’ivresse ne laisserait pas de séquelles. Elle avait même eu du bon. Il n’avait pas eu les cauchemars qu’il redoutait après la mort du patrouilleur.&lt;br /&gt; Il se dirigea vers le chariot du butin. Pewortor y avait veillé, malgré les monceaux de viande et les cruchons d’hydromel engloutis. Il fut un peu jaloux. Son nouveau ner avait tenu mieux que lui tous ces excès. Ah mais ! Il n’avait pas passé la nuit à soutenir un agonisant, lui. Plutôt une fausse excuse que reconnaître la supériorité, en force et en résistance, d’un ancien troisième caste ! Envier un forgeron n’était pas digne de son rang. Il oublia vite son souci. Il était temps de partir.&lt;br /&gt; Après de longs préparatifs, ils se mirent en route. L’escorte du Joyau, à sa grande surprise, se vit entourée de sa propre escorte. Tout le village honoré de sa présence lui faisait cortège. Elle s’égrena petit à petit, mais il en restait encore quand ils parvinrent au village suivant. Cette popularité l’inquiéta. Quelle folie d’avoir jalousé Pewortor ! Si les dieux s’irritaient de toutes ces acclamations ?&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 240</title>
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        <updated>2009-06-23T13:06:56+02:00</updated>
        <published>2009-06-23T13:06:56+02:00</published>
        <summary>  Kleworegs reposait dans le village qui venait de lui offrir son hospitalité...</summary>
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           &lt;p&gt;Kleworegs reposait dans le village qui venait de lui offrir son hospitalité et celle de son cimetière des héros au patrouilleur mort. Il avait essayé de retarder l’instant du sommeil... de noirs cauchemars viendraient troubler sa nuit. La fatigue en avait eu raison. La nuit à veiller le mort ne lui avait pas apporté son saoul de repos. La nature se vengeait. Pourtant, que n’avait-il pas fait pour rester son maître, buvant et forniquant comme une brute afin de ne pas s’endormir ou d’être trop fatigué pour rêver. Son désir assouvi, il avait renvoyé la servante. Il était resté, le menton enfoncé entre les genoux. Sa journée avait été rude, éprouvante, comme si les dieux se vengeaient encore, après l’avoir tenu éveillé dans sa halte hors d’un village, en l’obligeant à festoyer jusqu’à s’écrouler à force d’excès.&lt;br /&gt; Ils exigeaient que chaque halte soit l’occasion de festivités et de réjouissances, de surabondance et d’ivresse de tous les sens. Il obéirait. Cette obligation de vivre en héros et en géant lui signifiait une élévation sans pareille. Les festins offerts étaient gigantesques. Il devrait rendre cette somptueuse hospitalité. Seul un noble au très grand fief le pourrait. Ne pas se plier à ces invitations serait les offenser et refuser son destin. Il n’en aurait garde. Son surnom même de pieux ne l’obligeait-il pas à suivre en aveugle leurs messages, songes ou pensées inopinées.&lt;br /&gt; Il était bon que tous lui reconnaissent cette vertu. Sans elle, aurait-il imposé aussi vite son arbitrage quand, sitôt le patrouilleur mort, une âpre controverse avait éclaté entre bhlaghmenes et guerriers, sur son cadavre encore chaud, pour déterminer les rites à observer et les prières à chanter ? Il avait obtenu l’assentiment de tous en quelques phrases quand ils s’étaient affrontés la moitié de la route du soleil. Il était en mission, autre forme de combat pour la gloire d’Aryana. Son corps serait mis en terre au prochain village, à moins d’une demi-journée. Ce serait un grand honneur pour son cimetière.&lt;br /&gt; Ils y étaient parvenus peu avant ciel rouge. La cérémonie n’avait pas tardé. Les villageois s’étaient sentis frôlés par l’aile de la gloire. Ils leur avaient offert une beuverie de géants. L’hydromel semblait être tombé en pluie drue. Il s’était forcé pour boire et manger. Il ressentait, au moment de s’endormir, ces lourdeurs d’estomac qui préludent à des cauchemars dont on ne sort, au matin, qu’en sueur, hagard, hébété.&lt;br /&gt; Pourvu que la fatigue assèche la source des songes ! Il ferma les yeux. De sa tête, de son ventre ballonné, qui lui causait le plus de gêne ? On voulait le faire mourir !&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 239</title>
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        <id>tag:aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com,2009-06-21:43157</id>
        <updated>2009-06-21T14:56:34+02:00</updated>
        <published>2009-06-21T14:56:34+02:00</published>
        <summary>   C’était sa troisième journée dans le bien, bien petit village. Il trouvait...</summary>
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           &lt;p&gt;&lt;i&gt;C’était sa troisième journée dans le bien, bien petit village. Il trouvait les Loutres ennuyeux à en mourir. C’était, face à la placidité de ce hameau, un lieu de fureur et frénésie ! Le seul bruit un peu violent était quelques bêlements.&lt;br /&gt; Des hennissements le tirèrent de sa grasse matinée. Il sortit de la maison des hôtes, une hutte à peine plus confortable que les autres, pour voir ce qui se passait. Il n’était pas le seul. Tout le village était rassemblé pour saluer un petit groupe d’une main d’hommes convoyant une vingtaine de chevaux. Les villageois et les arrivants s’entretinrent un bon moment. Il les écouta. Les visiteurs étaient à la recherche de guerriers assez riches pour acquérir leurs superbes coursiers. Il les contemplait, avide. Son envie n’échappa pas à l’un des convoyeurs.&lt;br /&gt; – Allons, gamin, ces bêtes sont pas dans tes moyens !&lt;br /&gt; Les autres rirent à son unisson. Il venait se proposer de les guider vers Kleworegs. Il y renonça sur-le-champ, revenant à son projet initial : voler une monture pour mener sa quête à bonne fin. L’avait retenu le refus de répondre aux bienfaits et à l’hospitalité par un geste aussi impie. Les dieux avaient compris son scrupule. Ils lui envoyaient, remerciés soient-ils ! des victimes qu’il n’en aurait aucun à spolier. S’il en faisait ses complices involontaires ? Non, il n’avait besoin de personne, surtout pas de ces prétentieux. Malgré sa rancœur envers eux, il ne les conduirait pas à la mort.&lt;br /&gt; Il prit un visage béat de benêt. Il pourrait mieux préparer son coup. Il s’éloigna du groupe, alla examiner l’enclos des chevaux. La barrière en serait aisée à ouvrir. Il ne s’inquiétait pas des convoyeurs. Les villageois leur offraient à boire. À en juger par les lampées qu’ils s’envoyaient, ils seraient gris avant ciel rouge. S’emparer d’un étalon serait facile. Il ne craignait que leurs hennissements s'ils se sentaient surpris. Il se porta volontaire, au nom de l’hospitalité, pour leur donner leur pitance. Déjà familiarisés avec lui, ils seraient sages quand il viendrait dans la nuit pour s’enfuir avec l’un d’eux. Nourrir et panser un cheval sont, dieux merci, des tâches dont un seconde caste n’a pas à rougir. Il aurait curé des feuillées pour accomplir sa vengeance.&lt;br /&gt; Le soleil se coucha. Il était fin prêt. Il avait cédé sa place aux visiteurs et était allé dormir sous un petit appentis près de l’enclos. Il avait déjà lié amitié avec les chiens du village, molosses par la taille, non la hargne. Il avait mis dans son sac, au cas où l’un d’eux retrouverait ses vertus guerrières, son repas du soir. Autant qu’il y porte la dent, plutôt qu’à ses mollets.&lt;br /&gt; Il somnola un pas de lune. Le froid était assez piquant pour qu’il n’entre pas en sommeil, l’attente assez longue pour que chacun s’endorme. Une petite alerte le réveilla tout à fait. Un des étrangers sortit se soulager, sans qu'ils ne se départissent de leur placide indifférence. Il pouvait agir sans crainte. Ils ne réagiraient à rien de ce qui se passait dans le village, dressés à gronder contre ceux qui s’en approchaient, non ceux qui s’y trouvaient ou en partaient.&lt;br /&gt; Il attendit encore pour être sûr de ne pas être dérangé. Il se leva et se dirigea vers l’enclos. Il avait vu juste. Il n’y eut aucun aboi. Seuls quelques chiens relevèrent le museau à son passage. Ils le reconnurent. Le village ne courait aucun danger. Ils revinrent à leur sommeil. Il n’y en eut qu’un pour le suivre, sans hostilité. S’il lui jetait à manger ? Il en serait toujours temps s’il montrait les dents.&lt;br /&gt; Il arriva à la barrière. La plupart des chevaux dormaient. Les autres ne s’inquiétèrent pas. Il avait été aux petits soins pour eux. Il l’escalada. Il se dirigea vers la bête de son choix, lui caressa la tête et les naseaux, lui fit mille flatteries. Elle se leva. Il marcha vers la barrière, l’entrouvrit. Le chien le regardait, passionné, amical, la queue remuant à une vitesse folle. Il retourna auprès du cheval, l’entraîna. Le coursier le suivit, se faufilant par l’étroit passage. Il s’empressa de le refermer. Tout ce qui pourrait laisser croire qu’il s’était enfui en sautant la clôture lui ferait gagner un temps précieux. Dans un effort qui lui fit serrer les dents pour en avoir trop demandé à sa jambe mal guérie, il se hissa sur son dos. Il jeta sa viande au mâtin qui lui faisait fête. Il partit... sans perdre un instant. Sa vengeance était au bout de ce chemin.&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 238</title>
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        <updated>2009-06-17T14:05:37+02:00</updated>
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           &lt;p&gt;L’escorte avançait, dans une routine d’ostension de la pierre, de démonstration de ses pouvoirs, de longues explications de sa symbolique, de banquets où les villages, d’admiration et de crainte sacrée, se ruinaient en viandes choisies, de nuits avec des servantes s’attendant aux plus grands exploits de ces chéris des dieux et dompteurs du Muet farouche. Les rares inconfortables haltes en forêt, à côté de ces interminables fêtes dont, sans l’obligation de montrer partout le Joyau, ils se seraient bien passés, en devenaient bénédiction.&lt;br /&gt; Il en avait pris son parti. Hormis Gwowomakwelya, où ils échangeraient quelques bijoux contre des chevaux, ils éviteraient les villages. Ce n'était pas la volonté des dieux. Il devait annoncer à tous la grandeur renouvelée d'Aryana. Ils le lui rappelèrent, de leur façon implacable, à la hauteur d’un homme si favorisé.&lt;br /&gt; ... La nuit était bien fraîche. Tous se pelotonnaient sous leurs fourrures. Les plus frileux avaient profité de l’abri du chariot ou se protégeaient du vent derrière un muret de branchages édifié à la hâte. Un gémissement sourd, allant croissant, avait jailli des lèvres du chef de patrouille. Un guerrier ne se plaint qu’à la toute dernière extrémité. Alerté, il s’était empressé auprès de lui. De quoi souffrait-il ? Le chef, entre les nausées qui le secouaient et les vomissements qui avaient suivi, l’empêchant d’avaler une boisson lénifiante, avait dit sa douleur. Un démon, tout crocs et griffes, avait, profitant de son sommeil, pénétré par sa bouche ouverte. Il lui dévorait les entrailles dans l’espoir d’en sortir. Par pitié, qu’on lui ouvre le ventre pour le libérer, afin que cesse son tourment. À son aune, douce serait la mort.&lt;br /&gt; À son chevet, lui bassinant le front gras d’une épaisse sueur puant déjà la tombe, il n’avait pas eu besoin d’en entendre plus. Il n’avait pas le droit de tuer l'agonisant... Hélas. Il était perdu. Les heures le séparant de sa fin ne seraient qu’une longue plainte.&lt;br /&gt; Il aurait su réagir devant une côte cassée. En attendant que la nature la recolle, il lui aurait administré des herbes qui soulagent. Il aurait même su réduire une fracture franche ou replacer une épaule luxée. Il ne pouvait rien contre ce mal, que suivre les progrès de la camarde et prodiguer de vaines consolations. De temps en temps, l'agonisant tentait d’articuler quelques mots. À part un lancinant « Je suis bien puni. » , on ne pouvait rien tirer de son incohérent délire.&lt;br /&gt; Il le veilla. De quoi était-il bien puni ? Il n’avait pas la force, à moins que se taire fût la seule qui lui restât, de le dire. Il avait salué Pewortor comme ner pour que son Joyau soit celui de la prophétie. Il ramenait le Signe et son inventeur. Il partagerait sa gloire. Il avait vu juste.&lt;br /&gt; Les dieux se réservaient un autre moyen de dévoiler la haute caste du forgeron. Il les avait irrités en les devançant. Ils l’en châtiaient. Il mourut juste après ciel rouge, ses gémissements une longue plainte continue à peine audible, lèvres scellées sur sa honte secrète.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 007</title>
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        <summary>   Ses pas le portèrent au bien, bien petit village où Kleworegs avait fait...</summary>
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           &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;i&gt;Ses pas le portèrent au bien, bien petit village où Kleworegs avait fait halte la nuit suivant son départ. Il lui firent bon accueil. Ils étaient d’humeur joyeuse. Pouvait-il en connaître les raisons afin de se joindre à eux ? Ils s’empressèrent de satisfaire ce désir si naturel et si courtois. Il lui contèrent la nuit où Kleworegs s’était arrêté chez eux, et l’immense fête. À mesure qu’il les entendait, couvrant son ennemi de louanges insupportables, son teint s’était fait terreux, son visage allongé, l’éclat de son regard terni. Et pas moyen de le cacher. Quoi d’étonnant ! Ils l’avaient offensé. Il était marqué par le voyage, affamé par sa longue marche, et ils avaient excité son appétit sans lui offrir ne serait-ce qu’une corne d’hydromel. Confus, ils hélèrent sans tarder une servante. Elle apporta un grand broc. Ils remplirent une corne pour lui, et ne s’oublièrent pas. Il les remercia. Il ne semblait guère plus heureux. À cinq jours près, il aurait été du festin. Ils compatirent à sa déception... S’ils pouvaient y remédier :&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;– Rien n’est perdu, mais attends son retour. Il a promis une de ces fêtes chez lui, à ce moment-là !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;– Il n’est pas à son village ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;– Non, bien sûr. Si tu en demandes l’hospitalité, tu seras bien reçu, et ils t’offriront plus que nous. Mais si tu veux le voir, tu devras y rester, ou te rendre à Kerdarya. Tu es à pied et l’hiver arrive. Tu ferais mieux de t’en retourner pour revenir au printemps.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;Où était Kerdarya ? On lui indiqua, d’un vague geste du bras et avec des mimiques étonnées, les terres où le soleil dort. Il devait détourner l’attention... Que Kleworegs allait-il y faire ? On lui décrivit, avec un luxe de détails nouveau pour lui, ses prouesses, et les dons qui l’attendaient.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;Il écoutait, livide, la longue liste des victoires, à ne jamais finir. Et s’il devait regretter son geste ? Il est aimé des dieux, celui dont le nom s’orne des épithètes de pieux, glorieux, victorieux. On parlerait de son meurtrier comme de la pire vermine. Vermine, lui, vengeur et homme d’honneur ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;Enfin, plus à court de souffle que d’anecdotes, le récitant s’arrêta.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;– C’est ça, ce fameux Kleworegs ! ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;Son chuchotement se nuançait de doute... S’il était injuste, et contraire au plan divin, qu’il tue un tel guerrier ? Il ne faut pas venger son frère si cela doit nuire au clan, son clan si cela doit nuire à la tribu, sa tribu si cela doit nuire au peuple. La loi était claire, mais les dieux l’auraient déjà fait périr de sa blessure s’ils réprouvaient ses intentions ; et il était là, bien vivant. À moins d’un nouveau signe, il persisterait dans son intention première. Qu’ils le guident ou le fourvoient, qu’ils assurent son coup ou détournent sa lame au moment de frapper, serait leur volonté. L’accomplissement de sa vengeance en serait la sanctification, son échec la preuve de son injustice.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;Il devait s’arrêter, y réfléchir. Il demanda l’hospitalité de trois jours. On la lui accorda volontiers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 236</title>
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        <summary>  La promenade triomphale continuait. De hameaux en villages, c’était la même...</summary>
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           &lt;p&gt;La promenade triomphale continuait. De hameaux en villages, c’était la même hospitalité, le même défilé devant le Joyau, les mêmes chants de gloire envers son inventeur, la même beuverie, le même festin. Nul ne s’en plaignait, sauf Medhwedmartor. Résolu à mincir, il inventait les plus insensés prétextes pour refuser viande et hydromel offerts à foison. Est-ce le jeûne, les violents exercices, les soucis qui le rongeaient quand il chevauchait en essayant de trouver un moyen de refuser de reprendre les mets proposés sans froisser ou choquer, il avait fondu. À frapper du glaive et de la lourde hache contre des troncs, ses bras avaient durci. Avant le prochain temps des combats, il serait un de leurs meilleurs combattants. Sa hargne de soi n’était que le pâle reflet de celle qui guiderait ses coups contre l’ennemi.&lt;br /&gt; Sans souci de la taille des villages, Kleworegs les traitait avec égale munificence. Il accepta, dans certains, de participer à des joutes et des tournois et montrer la valeur des siens. Ses adversaires étaient hardis, pleins de vigueur, mais avaient deux communes faiblesses. Ils ne s’étaient jamais mesurés en combats à mort, et leurs armes étaient mauvaises. Pewortor prêtait une extrême attention à celles sortant de la médiocrité générale. D’où venaient-elles ? Les noms cités jalonnaient le long trajet de son père avant son installation chez Kleworegs. Ceux qui avaient de bonnes lames parlaient avec respect de leur facteur. N’était-il pas Wulkanos ? Et d’où sortaient celles, encore meilleures, de leur hôte ? Guerrier, c’était bien... Être comparé à un dieu ! Il se montait du col. Il en revint. Les mêmes moquaient la prétention à s’élever de leurs forgerons. Il avait vu juste. Le messager était moins bien informé qu’il ne le prétendait de leurs désirs. Petit à petit, son ambition se précisait.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 235</title>
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        <updated>2009-06-12T12:08:21+02:00</updated>
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        <summary>  Village minuscule, hospitalité somptueuse. Kleworegs s’y réveilla heureux,...</summary>
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           &lt;p&gt;Village minuscule, hospitalité somptueuse. Kleworegs s’y réveilla heureux, repu. Il ne pouvait rendre sur-le-champ tous ces bienfaits, mais les recevrait à son retour. Ils prirent congé au milieu de la matinée après avoir partagé l’hydromel nouveau, frais et sapide. Le bhlaghmen en abusa. Il se retrouva dans le même état que Kleworegs et Pewortor la veille, avec un mal de tête tenace comme tique. Dieux merci, la prochaine halte serait en rase campagne. S’il pouvait, en attendant, se bassiner les tempes avec un linge humide ! Il se passa la main sur le front. Ça ne soulageait pas, mais valait mieux qu’attendre, passif, la fuite de la douleur.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Le roi fut ponctuel. Il aurait dormi une heure de plus avec grand plaisir, mais son informateur avait autre chose à faire. Tant pis, il se lèverait, quitte à se recoucher pour un petit somme. Il passa sa peau et le suivit.&lt;br /&gt; Il ne lui demanda pas les raisons de sa curiosité. Arrivé près de la petite rivière irriguant leurs prés, il cassa une branche de coudrier. Ils s’installèrent. Il lui expliqua, à force traits et commentaires, la route à prendre. Il écoutait, découvrant les passages les plus faciles, la voie la plus directe, les villages les plus hospitaliers. Il buvait ses paroles. Chaque ligne se fixait dans sa mémoire. Il n’en oublierait aucune, jusqu’à ce qu’il ait accompli sa mission.&lt;br /&gt; Il en avait terminé. Avait-il tout compris ? Le jeune homme lui prit sa baguette. Il redessina, à l'aveugle, le tracé dans la poussière. Il écarquilla les yeux. Les deux étaient identiques... À moins qu’il ne vît double ? C’était inquiétant. Pour mettre un tel zèle à tout retenir, il fallait un motif puissant. Et s’il avait concouru à la réalisation d’un but inavouable ? Sa bouche le démangeait d’en demander plus. Il se retint. Il le regarda dans les yeux. Il n’y avait ni déloyauté, ni vilenie.&lt;br /&gt; – Restes-tu encore un peu ?&lt;br /&gt; – Non, merci, je pars à l’instant.&lt;br /&gt; Refuser, dans son état ! Il était fou ! La joie de savoir enfin avait effacé sa fatigue. Il ne retournerait pas dormir. Comme cheval sentant l’écurie, il ne songeait qu’à presser le pas. Il fit ses adieux.&lt;br /&gt; – Ce que tu m’as dit me sera très utile pour un acte qui sourira aux dieux.&lt;br /&gt; De nombreux actes leur sourient, à commencer par une juste vengeance. Il lui en avait peut-être trop dit... Et puis non ! Si sa cause était juste, c’est en vain qu’il aurait clos ses lèvres. Sinon, il ne saurait la mener à bonne fin. Le jeune guerrier avait à peine disparu, il l’avait déjà oublié.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; 
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 234</title>
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        <updated>2009-06-10T16:56:00+02:00</updated>
        <published>2009-06-10T16:56:00+02:00</published>
        <summary>   Il avait fait du chemin. La douleur à sa jambe était passée, sauf dans la...</summary>
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           &lt;p&gt;&lt;i&gt;Il avait fait du chemin. La douleur à sa jambe était passée, sauf dans la course. Au bout de quelques foulées, il ressentait un léger tiraillement. Ses muscles ne l’élançaient que s’il insistait. Il revint au pas. À ce train, il rencontrerait avant ciel rouge un de ceux qui savaient. C’était plus sage. Il importait d’abord qu’il soit fort et rapide quand il frapperait. Une journée de repos ne serait pas perdue, si elle permettait une meilleure attaque.&lt;br /&gt; Les fumées du village lui apparurent enfin. Il dit d’où il venait, ce qu’il désirait. Le gardien le fit entrer et le conduisit à son roi. Il profitait du bon renom de ceux chez qui il n’avait fait que passer. Le roi, venu au grand troc organisé par Kleworegs, devançait toutes ses questions. Il n’eut qu’à le laisser parler. Les autres s’étaient joints à lui. Il redisait la beauté du butin, la taille des transactions, le mystère du joyau, l’abondance des troupeaux, la richesse des greniers débordants. Il écoutait, fasciné. Le ciel s’obscurcit. On apporta les torches. Il parlait toujours, semant à foison les anecdotes, donnant de nouveaux détails, en rajoutant dans son admiration. Il continua à prêter l’oreille la plus attentive. Il guettait une perle dans tout ce fatras. S’il pouvait en jaillir, spontané ou à la suite d’une question, le moyen de parvenir à ce village aux merveilles. Pour ce que le conteur en disait, il aurait aussi bien pu se trouver dans les plaines de Thonros.&lt;br /&gt; La nuit s’avançait, s’éternisait. Personne n’avait encore dit où trouver Kleworegs. La réunion allait se terminer. Hésitant entre un air dubitatif et un air enthousiaste (il opta à la fin pour ce dernier), il osa, les yeux brillants. Comment se rendre dans cet opulent village ? À son âge, il devait connaître ceux qui avaient enlevé un tel butin, s’il voulait un jour les imiter.&lt;br /&gt; Le récitant l’avait presque oublié. Il le regarda. Quelle présomption ! Lui, si malingre, un jour leur égal ? Il se ravisa... Cette longue, vilaine cicatrice sur sa cuisse. Un homme qui a marché longtemps malgré une telle blessure n’élève pas ce vœu en vain.&lt;br /&gt; – Ce n’est pas très facile à expliquer. Je te montrerai ça demain matin, quand nous serons tous bien reposés. Veux-tu ?&lt;br /&gt; – Volontiers, je suis mort de fatigue.&lt;br /&gt; – Va dormir à la maison des hôtes ! Je te réveillerai en milieu de matinée.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 233</title>
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        <updated>2009-06-09T18:46:17+02:00</updated>
        <published>2009-06-09T18:46:17+02:00</published>
        <summary>   TRAQUES     L’escorte s’éloigna à pas lents du petit fort où flottait la...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;b&gt;TRAQUES&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’escorte s’éloigna à pas lents du petit fort où flottait la bannière en peaux de cheval emplumées cousues ensemble. Kleworegs, les yeux battus, somnolait. Son village s’enflait en une de ces cités immenses vantées par le messager. Pour avoir donné à Aryana tant de héros, il rivaliserait bientôt avec elles. Il avançait, paupières mi-closes. Les paysans labouraient en vue des semailles proches. Des sillons griffés par l’araire montait un péan. De chaque grain tombé dans ce sol fertile naissait un guerrier tout armé, prêt à le suivre et à combattre à son côté.&lt;br /&gt; Qu’il rêve ! Les chevaux connaissaient le chemin. Ils allaient, d’un pas régulier et tranquille, en terrain familier. Nul ne leur demandait le moindre effort. Il en serait ainsi tout au long. Ils iraient à l’allure placide des bœufs traînant le chariot de bijoux et d’armes. Il s’en serait passé. Il bouillait de se retrouver devant le conseil des prêtres et le roi. Le messager et Pewortor avaient insisté, appuyés par l’escorte. Se rendre à Kerdarya, et n’en pas profiter ! Il s’était résigné. De quel droit refuser aux siens d’échanger leur part de butin contre des bêtes des plus hautes souches ?&lt;br /&gt; Pewortor somnolait lui aussi. Il était trop fatigué pour rêver. Il ne voyait rien d’autre que la prochaine halte : un bien bien petit village.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 232</title>
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        <updated>2009-06-08T14:05:41+02:00</updated>
        <published>2009-06-08T14:05:41+02:00</published>
        <summary>  Premenos, le fils du bhlaghmen, dormait, d’un souffle régulier. Le prêtre...</summary>
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           &lt;p&gt;Premenos, le fils du bhlaghmen, dormait, d’un souffle régulier. Le prêtre le regardait, avec plus d’intensité encore, peut-être, que le jour de sa naissance. L’enfant n’entendait rien. Il n’irait pas le réveiller pour qu’il l'écoute. Il lui parlait plus pour être ouï des dieux et leur adresser un vœu que pour qu’il capte ses mots-prières.&lt;br /&gt; – Je pars, mon petit. Ça me fait peine de te quitter. Ne m’en veux pas. C’est la chance de ta vie. Une fois à Kerdarya, avec ce que j’y apporte, on m’admettra au sein d’un des collèges de prêtres les plus réputés, ou on bâtira pour le Joyau un temple dont je serai le desservant. Tu entreras chez les prêtres de Dyeus ou de Bhagos, ou peut-être, si tu as la langue déliée et la parole aisée, dans le collège des récitants d’hymnes. C’est là que j’aurais voulu être. Mais quand j’étais en âge d’étudier les grandes épopées et les chants sacrés, nous étions pauvres. Je ne pouvais rien espérer, qu’un rôle subalterne dans un petit temple. Maintenant, ce village est le plus riche alentour, et si Kleworegs n’a pas mille bovins, son clan en possède bien dix mille, plus que de nombreux villages cinq à six fois plus peuplés... Rien qu’avec cela, toutes les ambitions t’étaient offertes. Qu’en sera-t-il quand nous avons la gloire d’avoir trouvé la pierre-soleil ! Tu feras ce que je n’ai pu que rêver.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Kleworegs, comme ses compagnons, avait mangé sur le pouce. Il aurait plus de temps pour se reposer et faire ses adieux. À peine chez lui, on vint le solliciter... Jusqu’à son départ il devrait avoir l’œil à tout. Il serait dérangé à chaque instant. Parfois, la pression se relâchait. Qu’il retourne chez lui contempler le sommeil de son fils, on venait le tarabuster : “ Wentosyokophos n’a pas l’air au mieux. Laisse-le ici et attelle à ton char Okeusdramos. ”. Sous peine de passer pour un roi qui n’a pas réponse à tout, il devait résoudre le problème. “ Tu es sûr ? Il caracolait comme un jeune poulain, hier midi. Enfin, s’il n’est pas bien, prends plutôt Woghomdeuktor. En cette saison, je préfère une bête plus robuste. ”. La question résolue, il s’imaginait s’occuper de son fils. Tout aussitôt, un autre survenait : “ Le seul beau casque que je possède a une défense brisée. C’est arrivé au cours de ce combat où j’ai empêché un Muet de blesser le demi-frère de l’oncle maternel de ton ancienne femme. Prête-m’en un intact pour faire honneur à l’escorte. Je n’ai rien qui m'aille ! ” – “ Va chez les forgerons ! ” – “ J’en viens, ils n’ont rien à ma taille ! ” ... Et c’était reparti... Quelle nuit d’adieux, où il n’avait le temps de dire adieu à personne !&lt;br /&gt; La lassitude eut raison des fâcheux. À Brillante haute, il put aller se coucher. En pure perte. Le sommeil l’avait fui. Il se releva. Il vint s’asseoir près du berceau de son fils.&lt;br /&gt; – Ah, fils, je ne te reverrai pas avant la saison chaude. J’espère que tu seras déjà fort et bientôt prêt à marcher à mon retour... Si je reviens. Peut-être est-ce toi qui viendras, avec les miens, à Kerdarya. Si je deviens un ner regis, un noble du roi à mille bovins, pourvu d’un beau fief, tu ne passeras pas ton enfance dans un petit village, si riche soit-il. Pour accéder aux plus hautes fonctions, tu devras apprendre l’art du combat avec les jeunes de ton rang, fils des grands guerriers et des favoris du roi... C’est tout le mal que je te souhaite. Le borgne divin, par la bouche du conseil des rois, décidera. J’ai confié hier soir aux prêtres de beaux béliers dont sacrifier en ton nom. J'emporte des gâteaux de miel que je mettrai au feu chaque soir, en oblation. Avec ces hosties, il ne manquera de nous être favorable.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Ce soir-là, il avait pris congé. Il s'était fait expliquer en détail comment se rendre au village qui avait envoyé un des siens à la grande foire de Kleworegs. L’autre avait proposé de lui offrir encore quelques jours l’hospitalité ou de l’y conduire. Il avait refusé. Il en avait fait assez. Il serait sacrilège d’en exiger davantage. Il avait juste accepté de se reposer pour la nuit. Il partirait avec l’aube. Il serait plus vite chez ceux qu’il désirait rencontrer. Là-bas, on savait.&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 231</title>
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        <updated>2009-06-07T16:02:12+02:00</updated>
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        <summary>   – Lève-toi ! Je pars.  Il se leva. Sa jambe avait cessé de lui élancer, sa...</summary>
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           &lt;p&gt;&lt;i&gt;– Lève-toi ! Je pars.&lt;br /&gt; Il se leva. Sa jambe avait cessé de lui élancer, sa blessure au flanc était oubliée. La souffrance était partie. La perspective d’avoir retrouvé le fil, un instant brisé, de la piste de son ennemi, l’avait revigoré. Il parvint près du char du voyageur. L’homme l’invita à y monter. Il y parviendrait tout seul. Ce serait un signe que les dieux approuvaient son projet et l’invitaient à l’accomplir sans perdre un instant. L’aide de son compagnon fut si discrète qu’il ne la vit pas.&lt;br /&gt; Ils se mirent en route. Le visiteur était une mine d’anecdotes, qu’il eût trouvées passionnantes, et de plaisanteries, qui l’auraient fait éclater de rire s’il n’avait eu la tête ailleurs. La seule histoire qui l’eût intéressé eût été celle, même racontée par un bègue postillonnant et cherchant ses mots, qui lui aurait appris où trouver Kleworegs. Il l'écoutait malgré tout. Que faire d’autre en attendant d’arriver, le lendemain dans la soirée ? Il n’aurait ensuite qu’une journée de marche pour trouver le village où quelqu’un savait comment aller au clan du Cheval ailé. Il lui en indiquerait la route.&lt;br /&gt; Après, tout dépendrait de lui. Il encouragea le cheval de la voix.&lt;br /&gt; ... Il ne lui faudrait plus longtemps pour se trouver face à sa cible.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Après la journée consacrée au choix de l'escorte, la veille du départ se passa en préparatifs pour s’assurer le meilleur voyage. On sélectionna les plus beaux et les plus solides chevaux, les chars les plus neufs et les mieux ornés. On prépara un ultime et gigantesque banquet en l’honneur du bijou sacré. Ils interrogèrent le messager sur le meilleur chemin et les haltes. À part Gwowomakwelya, la rivière des bœufs, marché à bestiaux de grand renom, et Walkwis, la place du loup, fameux rendez-vous de chasseurs et grande foire à fourrures, ce n'étaient que minuscules villages indignes de les recevoir. Leur passage y serait un événement tel qu’il ne s’en produit qu’un toutes les trois ou quatre générations.&lt;br /&gt; Le banquet fut copieux, mais bref. Ceux qui partaient se couchèrent tôt. Ils se réveilleraient à ciel rose pour avoir le temps de faire leurs adieux. Kleworegs, le bhlaghmen et Pewortor ne furent pas les derniers à en profiter. Ils saoulèrent de recommandations leurs remplaçants et celles qui allaient prendre soin de leurs enfants pendant leur absence. Après qu'ils furent couchés, ils restèrent à les regarder. S’ils survivaient aux mille dangers et maladies qui les guettaient, ils leur feraient honneur et continueraient leur lignée glorieuse. Pour l’instant, ils se portaient bien, comme leurs mères, et dormaient d’un sommeil paisible et rassurant. Aucun des récents nouveau-nés n’avait péri. Ils en remercièrent les dieux.&lt;br /&gt; Les enfants des trois héros du cortège étaient superbes. Peworis, le fils du forgeron, toujours plus énorme, passait déjà pour un petit ogre. Il épuisait le lait de sa mère et de sa nourrice, et, criant à en réveiller les morts, réclamait encore après une telle ventrée. Les armuriers se réjouissaient de ces hurlements témoins de son inextinguible appétit. Le Peworis de la légende avait, lui aussi, tari la poitrine de ses nourrices, deux géantes, pourtant. Cette fringale féroce signait sa haute origine et sa future haute destinée. S’il mangeait comme deux, c’était qu’il avait en lui, à côté de l’âme d’un forgeron, celle d’un guerrier avide de grandir très vite pour arriver au plus tôt à l’âge de combattre. Tous ces signes faisaient de lui, à sa manière, le wunderkind du wiks. Son père était aussi heureux de sa belle vigueur que des sentiments que le reste du village éprouvait à son égard.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 230</title>
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        <summary>  Il avait reçu le message caché derrière l’impolitesse calculée. À cette...</summary>
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           &lt;p&gt;Il avait reçu le message caché derrière l’impolitesse calculée. À cette revendication, exprimée d’un ton calme et froid, il opposa la même tranquille froideur, la même indifférence. Il fit comme s’il n’en avait rien entendu et poursuivait une autre conversation :&lt;br /&gt; – Il faudra que je te prenne un glaive, un glaive ouvré par toi, en personne, j’y tiens.&lt;br /&gt; – Suis-moi... Je suppose que pour ce qui est d’être payé, nous nous arrangerons à Kerdarya ?&lt;br /&gt; – Je te donnerai assez de cuivre pour fabriquer trois lourds glaives si celui que tu me proposes est de la qualité de ceux que tu forges pour vos guerriers.&lt;br /&gt; – Ils sont tous excellents. Tu n’en verras jamais de mauvais chez moi. Je les brise.&lt;br /&gt; – ... Et choisis tes plus beaux pour les présenter aux rois du grand conseil... Avec ça, tu pourras revenir beaucoup plus riche que tu n’es parti. Ça ne te tente pas ?&lt;br /&gt; – Ça tenterait n’importe qui. Ta proposition est bonne. Je te remercie de tes conseils et de tes suggestions. Je les accepte avec gratitude… Voici ma forge, où je garde les meilleurs… Solides, mais tout simples, sans or qui orne leur poignée. Ça ne te gêne pas, ou faut-il, pour avoir ta pratique et la leur, les guillocher de métal précieux ?&lt;br /&gt; – Inutile, nous voulons des glaives tranchants, pas des bijoux. C’est décoratif, mais moins que le triomphe qu’apporte une bonne lame.&lt;br /&gt; – Alors, j’ai ce qu’il te faut, et tout de suite. Entre !&lt;br /&gt; – J’arrive !&lt;br /&gt; – Pendant que j’y pense, si tu n’as pas vu Kleworegs, Nous partons après-demain, à l’aube.&lt;/p&gt; 
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 229</title>
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        <summary>  Ils ne voulaient – n’osaient ? – lui répondre. Il n’insista pas. Pewortor...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Ils ne voulaient – n’osaient ? – lui répondre. Il n’insista pas. Pewortor l’accompagnerait pendant au moins une demi-lune. Il serait malvenu de lui montrer hostilité ou mépris. Il tenta un sourire, loua la beauté et la valeur de ses armes. Le sujet n’était pas indigne d’un guerrier, et propre à rasséréner son interlocuteur.&lt;br /&gt; – J’ai vu tes glaives. Peu de forgerons travaillent aussi bien, tu sais... Même à Kerdarya, il est rare d’en trouver d’aussi beaux.&lt;br /&gt; Pewortor rendait mal pour mal, bien pour bien. Il fit assaut d’aménité et de courtoisie.&lt;br /&gt; – J’ai fait des armes d’élite pour des guerriers d’élite. Je suis guerrier. Je sais ce dont nous avons besoin. Regarde comme j’ai eu raison. En de bonnes mains, elles ont fait des miracles. Ne t’en étonne pas. Un guerrier sait d’instinct quelle arme convient à chacun de ses compagnons.&lt;br /&gt; C’était bien beau d’être poli. Plus encore d’affirmer ses droits et sa valeur. L’envoyé saurait son opinion sur les rapports entre ceux du métal et ceux qui utilisaient leur art et savoir. Il avait pu faire cette mise au point sans l'irriter. Il pousserait son avantage. Il le regarda bien en face.&lt;br /&gt; – Nous avons été nombreux à tuer, homme par homme, plus de dix ennemis, de vrais guerriers, de solides gaillards. C’est notre chef Kleworegs qui en a tué le plus, moi et Yugatek ensuite, et juste après Walkwommartor... Je ne te cite que les meilleurs. C’est à dessein. Je nommerais, sinon, tous ceux partis un jour au combat. Tous savent se battre. J’ai été fier de concevoir pour chacun une belle lame.&lt;br /&gt; Le sourire du messager s’étrécit. Pas du fait que le nouveau ner se soit cité de propos délibéré. Ce manque de modestie n’avait rien qui choquât. Mentionner ses exploits était une façon de se présenter, de s’identifier, d’informer. Non, l’incorrection – délibérée, commise dans un but précis et défini – qui lui faisait serrer les lèvres comme lorsqu’on les a trempées dans l’hydromel suri résidait dans la mise sur le même plan des deux artisans (“ Non, oublions que ce Pewortor l’a été ! ”)... de l'artisan et des guerriers. S’il pouvait tolérer que Pewortor s’installât entre son chef et un de ses guerriers, eu égard à son nouveau statut, il était de sa part du dernier mauvais goût d’avoir cité Faiseur de jougs avant Tueur de loups. On ne cite pas un homme portant un nom d’objet – sauf une arme – dans son patronyme avant celui portant un nom d’animal, preuve de l’ancienneté et de l’excellence de son clan. Encore heureux qu'il ne se fût cité avant son roi ! L’unique raison en était qu’il avait abattu moins d’ennemis. Il se serait sinon, sans honte, nommé d’abord.&lt;/p&gt; 
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 228</title>
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        <updated>2009-06-03T12:45:04+02:00</updated>
        <published>2009-06-03T12:45:04+02:00</published>
        <summary>  (“ Je suis prêtre, oui, et le plus puissant de tous... Qu’auraient-ils fait...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;(“ Je suis prêtre, oui, et le plus puissant de tous... Qu’auraient-ils fait sans moi et les miens, tous ces bhlaghmenes et ces beaux guerriers ? ”)&lt;br /&gt; ... Elle n’était pas si loin, et dans toutes les mémoires, l’année où les prêtres avaient invoqué la pluie en vain. Elle se refusait à venir féconder champs et prés, en dépit des sacrifices et des prières. Les récoltes avaient séché sur pied. La production des emblavures avait été misérable. La brûlure du soleil avait rendu stériles les flancs de Dheghom Mater. Seules les terres où les forgerons envoyaient leurs serviteurs avaient échappé à ce malheur. À son initiative, ils avaient ajouté à leurs araires lame de métal et bloc de pierre. Ils avaient pu creuser le sol plus profond, et y aller chercher des vestiges de fraîcheur, de vagues restes d’humidité. Elles avaient fait la différence entre l’absolue stérilité à l’entour et leurs récoltes médiocres, mais permettant, avec les restes de la précédente, d’assurer la subsistance de tous. Ils n'avaient pas dû courir plaines et bois pour se sustenter d’un gibier aussi maigre et mal nourri que ses chasseurs.&lt;br /&gt; Cette année-là leur avait été propice, année d’enrichissement – ils n’avaient pas fait cadeau de leur grain – et, mieux, de prestige accru. Les maîtres du feu et du métal avaient été aussi les maîtres de la terre, de l’eau, des récoltes. Les prêtres en pleuraient de dépit, surpassés sur leur terrain. Ils avaient en sus acquis un savoir précieux. Une terre labourée plus profond résiste mieux aux aléas de la sécheresse. Si le soleil revenait brûler leurs champs, forts de ce secret, ils s’en serviraient pour mettre ses caprices en échec et tirer leur wiks de sa mauvaise passe. Entre-temps, il l’aurait confié à qui le reconnaîtrait pour patriarche... Si, un jour, tout le regyom était frappé par l’aridité, ce ne serait plus un ou quelques villages, mais Aryana tout entier, qui s’inclinerait devant eux, ses sauveurs. Ce pourrait ne pas être aussi facile. Rien ne sauverait certaines terres trop brûlées. Il suffirait à éviter la famine, voire la simple disette. On pouvait toujours imaginer que d’autres maîtres du métal (pourquoi pas lui, lui seul) trouveraient des moyens meilleurs encore d’améliorer ces araires qui rendaient aux sols leur fertilité.&lt;/p&gt; 
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 227</title>
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        <updated>2009-06-02T13:00:22+02:00</updated>
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        <summary>  Le messager avait mis à profit le temps consacré aux préparatifs de départ...</summary>
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           &lt;p&gt;Le messager avait mis à profit le temps consacré aux préparatifs de départ et au choix de l’escorte. Il s’était reposé et avait digéré son copieux repas. Frais et dispos, il se promenait. Il prêtait l’oreille aux conversations animées entre les futurs visiteurs du sanctuaire et ceux qui resteraient. Chemin faisant, il tomba sur les forgerons. Il perçut leurs derniers échanges. Il n’y aurait guère prêté attention si, après quelques phrases anodines, la dernière n’était venue grincer à ses tympans. Elle avait tout pour le choquer. Il s’apprêtait à caresser les côtes de l’insolent sacrilège du plat de son glaive. Il le sortait... Le colosse aux réflexions si stupides était Pewortor, l’homme qui s’était emparé du k’rawal… un homme de sa caste. Il suspendit son geste. Il regarda Egnibhertor, roulant des yeux furibonds... Se complaire à écouter ces horreurs ! Il s’adressa à l’armurier-ner comme s’il n’avait plus rien à voir avec son ancienne caste, voire comme s’il l’avait reniée.&lt;br /&gt; – Ah, vos forgerons ne sont pas contents de leur sort ? Quelle engeance ! Je croyais qu’il n’y avait qu’autour de Kerdarya qu’ils se prenaient pour des guerriers. Cette folle idée a éclos aussi chez vous.&lt;br /&gt; Ils ne répondirent pas, trop heureux – surtout Pewortor – de ses révélations sur l’état d’esprit de leurs frères. Au centre du regyom, dans son cœur battant, le même prurit de reconnaissance les travaillait. Bon à savoir, et encourageant. Certes, à l’en croire, ce n’était pas partout ainsi. Pouvait-on se fier à ses impressions ? Il ne devait guère frayer avec eux. Ils n’étaient pour lui que des fournisseurs, au statut des plus bas. Ils étaient plus discrets que lui et que ceux du centre, ou n’avaient pas eu l’occasion, ou l’audace, de se mettre en valeur. Mais au fond d’eux, ensevelie sous les épais sédiments de la crainte et de la routine amoncelés, gîtait la certitude de leur grandeur. Tous éprouvaient le même sentiment... (“ Sans nos bonnes armes, les guerriers seraient bien avancés, tiens ! ... Nous valons plus qu’eux. Nous sommes les prêtres du métal, avec nos prêtres supérieurs, bien plus forts que les bhlaghmenes, même s’ils n’ont droit qu’au titre de patriarches. ”) Il n’en avait jamais entendu d’autres s’exprimer ainsi, mais ils le pensaient tous. Un jour, il leur ouvrirait la bouche.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 226</title>
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        <updated>2009-06-01T08:41:48+02:00</updated>
        <published>2009-06-01T08:41:48+02:00</published>
        <summary>  Ils seraient six mains. C’était une petite troupe, symbolique, suffisante...</summary>
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           &lt;p&gt;Ils seraient six mains. C’était une petite troupe, symbolique, suffisante dans leur patrie et sous la protection de l’étendard de Kerdarya. Les seules mauvaises rencontres ne pouvaient être que celles de bandes de loups, qui fuient devant les hommes en troupe, ou d’un mange-miel fou, mais pas assez au point d’oser s’attaquer à trente guerriers. Même si une petite bande de captifs évadés, réfugiés, pour survivre, dans le brigandage, osait se frotter à eux, nul n’a jamais vu autant de guerriers n’en venir à bout. Leur qualité dissuaderait les survivants d’un premier assaut, s’il en restait, d’y revenir. Il n’y croyait guère. Les brigands, depuis une génération, peuplaient plus les contes à effrayer les enfants que les forêts d’Aryana. Aucun, si encore ils existaient, n’irait attaquer une telle troupe en armes.&lt;br /&gt; Cette escorte était à peine utile sur le plan de la sûreté. Elle était en revanche indispensable sur celui du prestige. Un roi de son renom ne pouvait visiter un autre village, à plus forte raison se présenter devant le grand conseil des reges, sans un tel décorum. Privé de cette suite, il eût été nu, pauvre et démuni. Elle fait partie de l’équipement d’un chef à l’égal du glaive de bronze et du casque de cuir orné de défenses de porc sauvage. Elle est signe de richesse et de pouvoir. Il s’inquiéta. Son chargement avait une grande valeur. Il avait peut-être vu trop petit. Il se rattraperait. Faute du nombre, il aurait la splendeur. Il se présenterait avec un luxe et une pompe digne du Joyau. Son village était riche. Il pouvait briller sans obérer en rien sa survie. Il n’avait qu’à puiser dans les réserves. Chacun fut pourvu des plus belles armes et des plus beaux habits. Nul ne rechigna à la dépense. Ces munificences somptuaires étaient un pari assuré sur l’avenir.&lt;br /&gt; À l’escorte se joindrait un forgeron. Si Pewortor n’avait été ner, ç'eût été lui. Il était devenu guerrier, troisième personnage de la troupe en route vers le triomphe. Il ne pouvait y venir en tant qu'auxiliaire. Avoir deux forgerons – même si l’un ne devait plus être considéré comme tel – dans la troupe n’était pas plus acceptable. Les jaloux de son élévation ne se priveraient pas, malgré la loi, de les associer. En même temps, ils refuseraient qu’un ner, même parvenu, travaille de ses mains... Et sans forgeron, que faire ? Il trouva la solution. Elle les satisfit tous, calma toutes les susceptibilités. Un charron, plus utile, se joindrait à eux. Chacun le loua. Il parlait sans élégance, mais savait convaincre. Nul forgeron ne saurait réparer un chariot alors qu’un charron pourrait, sous ses directives, travailler le métal si besoin était. Aucun amour-propre, à part le sien, ne s’était senti froissé. On avait admiré sa sagesse. Il le compta pour rien. Son ressentiment à l’encontre des neres en fut même ravivé. Il confia sa rancœur à Egnibhertor, son successeur, maintenant qu’il devait abandonner cette fonction, comme patriarche.&lt;br /&gt; – Les guerriers ne devraient pas oublier que c’est nous et les charrons qui avons bloqué le défilé par où les Muets fuyaient avec leur butin. Sans nous, ils n’auraient pas le Joyau. Kleworegs pouvait dire adieu à son triomphe et à sa gloire. Son clan n'en serait qu’un parmi des centaines d’autres, tout juste un peu plus riche, et encore... Son ascension n’a commencé qu’avec nos armes. Nous l’avons fait !&lt;br /&gt; – Calme-toi, Pewortor ! De quoi te plains-tu ? Ta lignée est devenue une lignée de guerriers. Tu en es le premier ancêtre, avec un exploit fondateur qui sera chanté. Tu ne vas pas encore gueuler quand les neres ont, pour la première fois, reconnu qu’un de nous était leur égal.&lt;br /&gt; – Oui, pour “ mérites exceptionnels ! ”... Quand le moindre de leurs fils, fût-il plus couard que le lièvre, naît et vit guerrier sans devoir prouver sa valeur. On a accepté de me reconnaître tel à condition que je me taise... Qu’on n’y compte pas trop ! Mon serment ne changera pas la réalité. Tout armurier est homme de guerre… Par la naissance, pas les services. Ne t’inquiète pas ! Cela sera admis.&lt;br /&gt; – Ouais… Quand ?&lt;br /&gt; – T’inquiète ! En attendant, écoute, et n’oublie jamais : Tout forgeron est de caste guerrière. Proclame cette vérité partout.&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 225</title>
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        <summary>  Le messager reposait sur une couche rigide. Il l’avait préférée, alléguant...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Le messager reposait sur une couche rigide. Il l’avait préférée, alléguant ses courbatures, à l’épais tas de fourrures proposé. Il dormait. Les préparatifs pour se rendre à Kerdarya menaient bon train, sans le réveiller. On désignait la délégation porteuse du joyau d’ambre. Chacun criait, dans une forte émulation, voire une féroce rivalité, pour en être. Kleworegs emmènerait les plus vaillants. Décision malvenue ! Chacun s’était senti concerné. Il aurait dû y penser. Tous ses vétérans excipaient de titres suffisants pour réclamer ce privilège.&lt;br /&gt; Il devait choisir. Il les convoqua l’un après l’autre. Qu’ils déclinent leurs titres de gloire, leurs victoires, le nombre de leurs victimes !&lt;br /&gt; Chacun vint parler de lui, et dire combien d'ennemis il avait fauché. Pour l’évaluer, on se fondait sur l’âge et la vertu des vaincus. La mise à mort d’un novice ignorant si un glaive se tient par la lame ou la poignée et celle d’un vétéran qui n’arrive plus à compter ses victimes, celle d’un guerrier en pleine force de l’âge et celle d’un vieillard qui a décidé de mourir au combat plutôt que de sombrer dans les abysses grisâtres de la sénilité, n’avaient pas même valeur. Le vainqueur d’un homme jeune et vigoureux, capable d’engendrer de nombreux fils, avait débarrassé son peuple de dix d’entre eux. Qui triomphait d’un guerrier dont la lame avait pris la vie de ses frères privait, selon leur valeur, les forces hostiles de vingt ou trente hommes qui ne menaceraient pas les générations à venir. Qui avait tué un homme trop âgé pour espérer encore enfanter ou un poltron à la semence stérile en guerriers n’en avait ôté à l’ennemi qu’un seul. Ils n’en eussent fait mention s’il ne s’était agi de fournir le nombre le plus élevé possible... Ç'eût été rageant de rester pour avoir omis un combat mésestimé. Cette vengeance pied de nez posthume d’un pleutre qui ne méritait que mépris aurait eu un goût trop amer.&lt;br /&gt; Les bilans, inouïs, de cent ou deux cents Muets tués se succédèrent. Le soir, on désigna trois mains d’hommes. Leurs exploits les rendaient dignes d’accompagner avec honneur le Joyau. Avec eux viendraient les patrouilleurs, pressés, la mauvaise saison arrivant, de retrouver leurs foyers. L’un d’eux était déjà parti, sur la requête du messager. Il annoncerait son prochain retour avec la gemme sacrée et ses inventeurs.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 224</title>
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           &lt;p&gt;Il le prit et le frotta contre une étoffe très souple. Il l’approcha d’un petit tas de poils de loup. Ils vinrent s’y coller. Le messager n’avait pas manqué le moindre détail. Il les regarda sauter en l’air et s’amasser sur la pierre d’or limpide.&lt;br /&gt; – Dyeou Pater ! ... Elle est bien sacrée. C’est le cœur de notre peuple que tu tiens entre tes mains. Plus de doute ! Tu as notre talisman le plus saint. Ton avenir sera grand entre les grands.&lt;br /&gt; – Es-tu le bhlaghmen du dieu jour, pour me dire ça !&lt;br /&gt; – Je suis guerrier comme toi, mais je sais ce que pensent nos hauts prêtres et notre roi. Ils cherchaient en vain un signe tangible d’une union plus solide des fils de Dyeus... Et tu l’as trouvé. Que ton nom soit honoré !&lt;br /&gt; – Bhagos t’entende ! ... Ah, il faut que je te demande quelque chose !&lt;br /&gt; – Oui ?&lt;br /&gt; – Où vivent ces gens à qui les Muets ont volé la gemme ?&lt;br /&gt; – Les Swoomes ? Je te l’ai déjà dit.&lt;br /&gt; – Non, je ne pense pas qu'ils soient noirs, comme celle qui nous a confié le k’rawal. Seuls les gens du midi sont brûlés par le soleil à ce point.&lt;br /&gt; – Tu poses de ces questions ! Qui se soucie des sources d’un beau butin, surtout emporté de haute et vive lutte ? Quelle idée !&lt;br /&gt; – Comment ! Qui s’en soucie ? Cette captive, par ce don, nous a désignés comme les futurs maîtres de son peuple, pour l’avoir délivrée là où il l’avait laissée en servitude. Je veux connaître la source de ce butin pour aller m’y servir. Un royaume aussi riche sera un beau but de conquête... Et cette terre des Swoomes nous revient aussi. Notre joyau y est né.&lt;br /&gt; – Oui, les dieux ont bien choisi en faisant de toi l’inventeur de la pierre-soleil. Comment ai-je été assez stupide pour penser qu’ils auraient pu se tromper, et laisser un homme dépourvu de sagesse s’en emparer !&lt;br /&gt; – Tu es fatigué, c’est tout. Va te reposer. Je m’occupe de notre départ !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 223</title>
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        <updated>2009-05-29T10:18:09+02:00</updated>
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           &lt;p&gt;– Espérons qu’ils te répondent... Et presse-toi. Tu attendras moins pour le savoir... Surtout, tu verras Kerdarya. Même s’ils restaient cois, rien que cela en vaut la peine. Tu t’y croirais tous les jours à la fête des sacrifices ou à la foire. Le parfum des animaux immolés sur les autels plane partout. Dans cent camps au pied de la colline sacrée on prie et honore les dieux. Il y a, devant chaque temple, des hommes de tous nos clans : bhlaghmenes à la chevelure de miel ; guerriers du couchant, aussi clairs de teint que les prêtres ; colosses du midi-couchant ; héros du levant, avec leur long nez et leur barbe qu’ils frisent à l’imitation de Shumeru. Sauf pour discuter de tribu à tribu, ils parlent dans leur patois. Tu entendrais la cacophonie ! Parfois, en fermant les yeux, on se croirait à cent lunes !&lt;br /&gt; – Hein, des bhlaghmenes, des guerriers, même à Kerdarya, même devant les autels !&lt;br /&gt; – C’est normal. Nous avons soumis tant de peuples, à qui nous avons appris à parler comme des humains. Ils ont, avec leurs gorges imparfaites, plus propres à grogner ou à siffler qu’à parler, un peu modifié notre langue. Chaque fois qu’ils avaient un mot plus court ou, à leur idée, plus beau, ils l’ont gardé, et nous l’avons adopté à notre tour, pour notre usage quotidien ou quand nous voulons qu’ils nous comprennent. C’est plus facile de dire cruche que poterie porteuse.&lt;br /&gt; – Ah, tu dis cruche ?&lt;br /&gt; – Oui. D’autres disent pot, d’autres “ porteuse ” tout court, ambhori, ou le déforment en “ anfori ”. Je n’y suis pas habitué, mais c’est quand même “ pot ” le mieux !&lt;br /&gt; – Tout à l’heure, j’avais pris à la légère tes remarques. J’avais cru que seuls les producteurs ou les casaniers parlaient un langage incompréhensible pour leurs voisins. Ce n’était guère inquiétant. J’avais même ri de tes craintes... Et tu me dis que partout, même les guerriers, sauf à utiliser la langue des hymnes, ne se comprennent pas... Mais bientôt, nous ne nous reconnaîtrons plus comme un seul peuple ! Sans le conseil des tribus et la bonne religion, ce serait même déjà fait, j’en ai peur. Vois les exemples que tu m’as donnés !&lt;br /&gt; – C’est pourquoi ta trouvaille tombe à pic. Elle sera la glaise de notre unité. Elle est même si bien venue que tu peux espérer la plus haute destinée, toi qui as arraché aux êtres des ténèbres ce joyau protecteur et sacré.&lt;br /&gt; – Sacré, ça, tu l’as dit ! J’en ai eu la preuve. Regarde !&lt;/p&gt; 
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 222</title>
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           &lt;p&gt;– Rassure-toi, ce n’est que la deuxième. L’autre était toute petite. Sans sa couleur surnaturelle et sa rareté, jamais elle n’aurait figuré au trésor d’un temple. Il fallait qu’elle existât. Elle a permis de prouver l’origine céleste de ton joyau. Il aura un sanctuaire pour lui tout seul. Il est à l’autre comme l’œil à la larme ou la Brillante aux cailloux scintillant sur la voûte nocturne.&lt;br /&gt; – Quand ils t’ont montré l’autre, les prêtres t’ont-ils dit de quoi elle était faite ?&lt;br /&gt; – Oui. La pierre du temple, et celle-ci, donc, sont faites d’ambre. C’est une pierre-lumière, des rayons de soleil solides. On n’en trouve qu’au pays des Swoomes.&lt;br /&gt; – Les Swoomes ?&lt;br /&gt; – Oui, seuls quelques messagers et de rares prêtres connaissent leur nom. Ils vivent très loin, au bord d’une grande mer. Ils s’enduisent le corps de graisse, contre le froid, et s’habillent de peaux de poisson.&lt;br /&gt; – On peut s’habiller avec des peaux de poisson ? Quel prodige ! Du cuir avec la peau des esturgeons et des carpes, ou de la fourrure de brochet ! Mais où est cette grande mer, et ces gens étranges qui vivent sur ses bords ? ... Très loin d’ici, je suppose. Je n’en ai jamais entendu parler... Le monde est si vaste !&lt;br /&gt; – Cette mer et ce pays sont au bout du monde. Nous ne les connaissons que par des récits de voyageurs, qui ne les ont même pas vus. Pour y parvenir, il faut chevaucher une bonne lunaison vers le couchant, puis suivre, aussi longtemps, la mousse des troncs. Tu seras alors arrivé. Tu devras encore chevaucher pour voir la grande eau... Si tu as de la chance. Leur pays est rempli de fauves. Quand tu y seras parvenu, tu rencontreras ces sauvages vêtus de peaux de poisson. Peut-être les verras-tu récoltant la pierre-soleil sur leurs plages de sable. Elle vient parfois s’y échouer après que les tempêtes ont calmé leur fureur.&lt;br /&gt; – Elle vient de la mer ?&lt;br /&gt; – D’après les prêtres. Il doivent en savoir plus... Si le froid sur l’eau donne la glace, pourquoi les rais du soleil ne donneraient-ils pas l’ambre. Il est bien plus rare, en tout cas. Ils t’en diront plus, s’ils le veulent. Moi, je ne sais rien d’autre.&lt;br /&gt; – Ne t’en fais pas, je les interrogerai.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 221</title>
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        <summary>  Ils se présentèrent devant la porte de la réserve du sanctuaire. Le prêtre...</summary>
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           &lt;p&gt;Ils se présentèrent devant la porte de la réserve du sanctuaire. Le prêtre y avait entreposé les trésors du clan, à commencer par elle. Un guerrier farouche la gardait. Son abord peu engageant dissuadait tout indésirable de s’en approcher. Après ce premier gardien commis à l’entrée, deux autres se tenaient dans la maison. Ils couvaient ces richesses d’un regard de louve veillant ses petits. Pendant la foire, pour éviter toute tentative de corruption, on les avait désignés à ces postes. Pour d’obscures raisons familiales, ils se vouaient une détestation forsenée. Ils ne se seraient jamais entendus pour les dérober ou laisser quelqu'un y toucher. Ils continuaient, ayant donné toute satisfaction, à remplir leur office. S’épiant les uns les autres, ils regardaient les visiteurs, et tout être vivant à moins de cinq pas, avec l’aménité du mâtin voyant un étranger s’approcher de son tas d’os. Le k’rawal ne pouvait être plus en sûreté.&lt;br /&gt; Le messager, entré sous leurs regards hostiles (pour tout le monde, Kleworegs le premier. La mutuelle promiscuité qu’il leur avait imposée leur pesait.), l'aperçut. Il était posé sur une pièce de tissu rouge dans son écrin de bois odorant et renvoyait, magnifiée, la parcimonieuse lueur des torches qui l’éclairaient. Ses yeux s’écarquillèrent. On le lui avait peint hors du commun. Sa description ne lui rendait pas justice. Il y avait, entre l’image et la vision, toute l’épaisseur du sacré. Il en ressentait toute la force. Il agrippa le bras de Kleworegs.&lt;br /&gt; – Oui, elle est bien comme celle que j’ai vue, et si différente, pourtant ! Quelle taille, quelle beauté ! Par Bhagos, elle la vaut cent fois !&lt;br /&gt; Kleworegs hocha la tête, un peu déçu. Il avait espéré, malgré les allusions du visiteur, que personne avant lui n’avait trouvé un joyau comme le sien. La joie l’emporta. Si une version minuscule de sa gemme était révérée dans le temple de Dyeus Pater, qu’en serait-il de celle-ci ?&lt;br /&gt; – Ah, c’est quelque chose que tu as déjà vu ? Ce n’était pas aussi beau, hein ?&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 220</title>
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        <updated>2009-05-26T09:30:34+02:00</updated>
        <published>2009-05-26T09:30:34+02:00</published>
        <summary>  Kleworegs se leva pour se rendre à son sanctuaire. Il lui emboîta le pas....</summary>
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           &lt;p&gt;Kleworegs se leva pour se rendre à son sanctuaire. Il lui emboîta le pas. Le vent porta au roi son odeur. Il empestait comme cent charognes. Cette puanteur était bon signe. Il ne s’était arrêté que pour le strict nécessaire : dormir, satisfaire ses besoins, rien de plus, pas même manger et boire. Il avait reçu l’ordre d’arriver au plus vite. Les perspectives s’annonçaient juteuses. Il serait Kleworegs ner gheslom gwowom, noble aux mille bovins, membre de l’élite des plus riches et vaillants guerriers. Il en avait fait assez pour le mériter.&lt;br /&gt; Cet avenir brillant lui souriait. Il n’était pas pauvre, loin de là. Son clan était le plus riche à la ronde. Il possédait dans ses enclos un grand troupeau. Un surcroît de biens n’est jamais à négliger. L’important était ailleurs. Ce titre le ferait un jour accéder au conseil royal. En attendant, il officialisait aux yeux de tous sa noblesse et sa richesse. Le don de mille bovins des troupeaux royaux se doublait de celui d’un fief inaliénable et héréditaire où ils paîtraient à satiété. C’était une superbe seigneurie, que nul ne pourrait jamais contester à sa lignée... à un détail près. S’il n’y avait aucune terre disponible, il devrait attendre qu’une se libère. Cela pouvait prendre des années... Sauf s’il quittait le sol d’Aryana pour en reconnaître de nouvelles, et les conquérir. C’était, si ses vœux se réalisaient, son intention... son intérêt. Il aurait droit à sept fois plus que s’il s’était contenté de pâtures déjà acquises. Les tribus frontalières lui prêteraient main forte, charge à lui de tout partager à demi au-delà des biens ainsi alloués.&lt;br /&gt; Il profiterait de ces avantages favorisant les audacieux. Ils expliquaient l’extension d’Aryana. Tous les nobles aux mille bovins, choisis pour leur courage et leurs succès guerriers, avaient préféré devenir maîtres de nouvelles terres. Leurs auxiliaires n’avaient pas voulu s’être battus pour rien. Ils les avaient imités, s’étaient enfoncés encore plus avant pour s’emparer de fiefs à eux. Il n’y avait pas d’autre secret à leur expansion. Il agirait comme eux. Entre les mains de ses hommes et des voisins des terres à conquérir, des surfaces immenses tomberaient. Ils s’en enrichiraient tous, ainsi que de nouveaux serviteurs...&lt;br /&gt; … À moins que… Il y avait ces piégeurs à qui il troquait leurs peaux au début de ses raids. Si les occupants de sa future conquête ne se conduisaient pas en ennemis, il agirait de même avec eux. Ils seraient les plus aptes à la mettre en valeur. C’était encore trop tôt pour y réfléchir. Il fallait que la gemme soit ce qu’il espérait.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 219</title>
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        <updated>2009-05-25T11:45:55+02:00</updated>
        <published>2009-05-25T11:45:55+02:00</published>
        <summary>  – Tu t’inquiètes en vain ! Nous avons le Joyau. Notre unité ? Les dieux...</summary>
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           &lt;p&gt;– Tu t’inquiètes en vain ! Nous avons le Joyau. Notre unité ? Les dieux eux-mêmes la garantissent. Que pourrait-il nous arriver ?&lt;br /&gt; – C’est vrai. Enfin, c’est mieux de bien parler. Laissons leur patois aux troisième caste – Il suffit que le bétail leur obéisse – et parlons comme les dieux et les héros... Tiens, ça m’a donné soif. Je reprendrais bien une corne. Elle est vide.&lt;br /&gt; Kleworegs tendit l’hydromel au messager, pourtant déjà lesté d’abondance.&lt;br /&gt; – Une poterie porteuse si tu veux ! Le medhu ne manque pas chez nous. Sers-toi et bois tout ton saoul. Ce n’est pas ça qui nous privera... Ta chevauchée t’a creusé l’estomac, reprends un peu de viande si tu n’as pas assez mangé. Tu es chez toi !&lt;br /&gt; – Ceux que j’ai croisés n’ont pas exagéré ton hospitalité. Elle est digne de ton héroïsme et de tes triomphes. Mais quelque chose me ferait encore plus plaisir.&lt;br /&gt; – Laisse-moi deviner... Fatigué comme tu l’es, ce n’est pas une servante... Tu veux dormir ? Non... Tu veux regarder le joyau pris aux Muets, et voir s’il est tel que notre messager vous l’a décrit. Tu veux voir le k’rawal... Je ne me trompe pas ?&lt;br /&gt; – Non... À Kerdarya, les bhlaghmenes, sur ma suggestion, nous ont montré un bijou fait, je crois, de la même substance. Ton envoyé pense l’avoir reconnu... Non, il en est sûr. Je l’ai bien regardé. Il est gros comme l’ongle du petit doigt. C’est leur seul de ce genre. Ils l’ont dédié à Dyeus Pater pour sa couleur soleil. Le tien, selon lui, ferait cent fois sa taille. Il tiendrait le mal captif en son sein. Montre-le moi. Je te dirai s’il est ce qu’ils attendent.&lt;br /&gt; – Suis-moi !&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 218</title>
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        <updated>2009-05-24T15:14:47+02:00</updated>
        <published>2009-05-24T15:14:47+02:00</published>
        <summary>  Un guerrier entra. Il lui parla très vite. Il répondit de même. Le messager...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Un guerrier entra. Il lui parla très vite. Il répondit de même. Le messager les regarda tour à tour, l’air interrogateur. Il s’en étonna.&lt;br /&gt; La raison de ses sourcils froncés et de son expression d’intense réflexion ? Il les avait écoutés, et n’avait rien compris. Il avait dû être indiscret. Sans doute usaient-ils d’un langage secret quand ils se disaient de choses dont un étranger n’avait pas à connaître ?&lt;br /&gt; – Penses-tu ! Bien sûr que non ! Qu’aurions-nous à cacher ? Nous avons discuté dans le patois d’ici.&lt;br /&gt; Furieux, et d’autant plus qu’il avait partagé sa faute, il se tourna vers qui l’avait interpellé :&lt;br /&gt; – Es-tu fou ? Crois-tu honorer un hôte en parlant devant lui comme le dernier troisième caste ! ?&lt;br /&gt; Pour prouver sa bonne foi, il répéta ses paroles comme le messager aurait dû l’entendre. Il saisit, jusqu’au dernier mot, la mystérieuse conversation. Comment avait-elle pu lui échapper du premier coup ? C’était si évident. Il n’était pas permis d’être aussi bête. Il employa la langue des hymnes et des épopées, que chaque guerrier sait, pour lui dire les raisons de son étonnement et de sa gêne.&lt;br /&gt; – Oui, ça va. Vous parliez trop vite, tous les deux. Pourquoi dites-vous donc essu akwas au lieu de esus ekwos ? Remarque, c’est pire, au levant. J’y étais la dernière saison chaude. Là-bas, ils disent swu aswas. Au couchant, je les comprends mieux. C’est so ekoos. Dieux merci, nous, bien nés, utilisons la langue noble ; mais nos paysans du midi ne peuvent pas parler avec ceux du couchant, et c’est réciproque. Tu as eu raison de reprendre ton homme. Nous ne devons pas parler comme eux... Sinon, un jour, nous ne nous comprendrons plus. Tout frères que nous nous sentirons, nous ne saurons nous le dire. Nous finirons par nous combattre. Vous avez vu. J’ai dû vous faire répéter... Que deviendra notre unité si ça continue... Enfin, tant que le medhu restera le medhu, nous aurons toujours un point d’accord.&lt;br /&gt; Kleworegs voulut effacer son incongruité. Il reprit la balle au bond.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 217</title>
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        <summary>  Il s’y attendait. Il était prêt. Il pouvait partir. Tout était calme. Les...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Il s’y attendait. Il était prêt. Il pouvait partir. Tout était calme. Les greniers étaient pleins, le bétail gras. Il n’y avait que les nouveau-nés à tenir à l’œil. Ils étaient en parfaite santé, poussaient que c’en était un plaisir. Swensunus épuisait le lait de sa mère ; Premenos, celui de sa nourrice. Elle avait donné le jour à un enfant mort-né et débordait de lait quand l’épouse du bhlaghmen, malgré son énorme poitrine, n’arrivait pas à allaiter. Le fils de Pewortor, lui, désespérait sa mère, enfin remise. Il avait toujours faim. Cela ne gênait pas sa croissance. Il grandissait à vue d’œil, comme bourgeon au sortir de la mauvaise saison. Rien ne les retenait. Ils n’auraient, en revanche, que des avantages à partir. La remise des plus belles pièces du butin au grand trésor était un devoir. Elle était surtout la certitude de dons splendides. Pour chaque objet exceptionnel de beauté ou de rareté, sans rien de magique ou de sacré, ils recevraient un superbe étalon, orgueil des écuries royales. Pourquoi pas, et ce n’était pas vain optimisme, un petit troupeau ou la donation d’une terre, voire d’un fief étendu, source, pour eux et leur lignée, de renom et de prestige. Le k’rawal était sacré, peut-être plus. Ils avaient tout à espérer.&lt;br /&gt; Il se mettrait en route sans tarder. Ses hommes ne perdraient eux non plus pas un instant.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 216</title>
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        <summary>  Il devait reprendre ce souffle, se remettre de ses fatigues. Il accepta...</summary>
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           &lt;p&gt;Il devait reprendre ce souffle, se remettre de ses fatigues. Il accepta volontiers de boire à la corne d’hydromel, fit comprendre qu’il ne refuserait pas de se restaurer. Kleworegs lui tendit un cruchon plein. Il le reçut avec ferveur. Il le souleva au-dessus de sa bouche et but à la régalade, en grandes gorgées, sans prendre le temps de savourer. Il avait grand appétit. Le roi fit apporter, avant même qu’il ne le demande, provende plus solide. Pour l’encourager, il y picora devant lui. L’invite était claire. Il prit à son tour des lèches de venaison, à pleines poignées. Il était gros mangeur. Leur minceur l’aurait fait, n’eût été leur abondance, grogner. Les fines tranches, fort goûteuses, convenaient tout à fait à sa bouche édentée. Il les engouffra. Le plaisir illuminait ses traits. Leur goût de faisandé et de fumage était prononcé. C’était de la vraie nourriture de guerrier. Elle donnait un sang lourd et épais, séant à merveille à l’homme né pour le combat. Tout ce gibier englouti, il reprit son cruchon. Il avala quelques gorgées d’hydromel pour à le faire passer. Il se gratta la gorge. Il parlerait sans s’interrompre.&lt;br /&gt; – Le roi des rois et le conseil des prêtres d’Aryana te veulent à Kerdarya, notre sanctuaire, pour y déposer au trésor le miroir de bronze et y amener ton joyau. S’il est ce que ton messager a dit, un autel et un temple seront érigés en son honneur. S’il n’a pas fait erreur, ni exagéré, ni rêvé, il leur en a révélé assez pour qu’ils aient reconnu en ta gemme notre protecteur et notre talisman, l’image du soleil tout puissant, le symbole de l’homme brillant et clair emprisonnant à jamais son ennemi à la face sombre, de Dyeus Pater ne permettant jamais à Akmon de surgir quand il règne, de l’impossibilité pour l’astre noir, manifestation maléfique du firmament, de venir jamais dévorer l’œil du jour. Tant que nous la posséderons, aucun malheur ne nous frappera. Venez, toi, ton bhlaghmen et le guerrier qui s’en est emparé, recevoir vos justes récompenses, aimés de Bhagos et de Thonros ! Soyez vite prêts ! Kerdarya vous attend. Les prêtres chantent les hymnes, les sanctuaires sont ouverts pour l'accueillir.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 215</title>
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        <updated>2009-05-21T14:46:45+02:00</updated>
        <published>2009-05-21T14:46:45+02:00</published>
        <summary>  Personne n’avait eu une meilleure idée. Le roi des rois en avait distingué...</summary>
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           &lt;p&gt;Personne n’avait eu une meilleure idée. Le roi des rois en avait distingué l’auteur. Il lui avait confié l’étendard d’Aryana et la mission d’inviter les inventeurs du joyau. Plus de doute ! C’était le Signe. En récompense anticipée, il avait remis au blessé un torque de cuivre et une nouvelle lame. Elle remplacerait celle laissée en gage. On les avait ensuite emmenés au temple de Dyeus Pater. Les prêtres avaient fouillé longtemps pour retrouver la pierre-soleil. Ils l’avaient examinée tout leur saoul. Le chevaucheur envoyé vers Kleworegs s’imprégnait de sa vision. Il interrogeait le prêtre qui l’avait retrouvée sur ce qu’on en savait. Le blessé la scrutait avec la même intensité. Oui, le petit bloc brillant du temple ressemblait un peu au joyau saisi aux Muets. Le chevreau nouveau-né ressemble bien au plus puissant aurochs. Cela suffisait. Kleworegs avait trouvé ce qu’ils attendaient. Le messager devait partir sans délai, crevant sa bête s’il le fallait. Tant pis si, en dernier ressort, ils étaient déçus. Mieux valait se tromper par optimisme exagéré que le laisser passer par goût morbide du doute.&lt;br /&gt; Il avait suivi ses ordres. On lui avait confirmé sa mission. On avait vérifié sa connaissance parfaite du message. On pouvait compter sur lui. Il avait bondi sur son char. Il avait roulé sans relâche... Il était, à quelques pas sans doute du Joyau, prêt à délivrer son message. Il changerait, si le roi et les prêtres ne s’étaient pas mépris sur lui, le destin des hommes.&lt;br /&gt; Encore quelques instants avant de parler, le temps que son souffle s'apaise. Son débit serait moins haché. Il trouverait le ton juste pour rendre à ses hôtes la solennité et le poids de ses mots. Encore ne les prendraient-ils que si le joyau était bien ce qu’il semblait, une immense pierre-soleil ou une substance plus rare encore. Un messager ne pouvait mentir. Les prêtres qui avaient jugé sur sa description de son caractère sacré ne pouvaient se tromper... Mais si la maladie l'avait fait délirer ? Puisse-t-il ne pas être déçu !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 214</title>
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        <updated>2009-05-20T10:12:08+02:00</updated>
        <published>2009-05-20T10:12:08+02:00</published>
        <summary>  Il n’avait pas perdu un instant pour voir les guérisseurs. L'un d'eux,...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;Il n’avait pas perdu un instant pour voir les guérisseurs. L'un d'eux, ignorant des raisons de son voyage, l’avait examiné. Les griffures étaient boursouflées, d’un rouge malsain. Autant que sa faiblesse extrême, ces marques l’avaient alarmé. Il n’avait pas posé de questions. Son patient devait dormir pour recouvrer au plus vite sa vigueur. Il lui avait fait boire une décoction à le tenir couché au moins un séjour de Dyeus et d’Akmon. Son sommeil avait duré encore plus. Il lui avait permis d’échapper à la mort, ses plaies lavées de toute sanie, sa douleur enfuie... Mais Kerdarya n’avait pu en savoir plus que ses quelques mots lancés au gardien du grand autel avant de sombrer. Elle bouillait d’impatience.&lt;br /&gt; Enfin il ouvrit les yeux. Des prêtres guettaient à son chevet, espérant un réveil qui tardait. Les questions avaient fusé. Le guérisseur avait protesté. Qu’on ne l’importune pas ! Il devait rester alité. Ils étaient trop impatients. On l’avait installé sur un brancard et porté devant le roi des rois et les hauts prêtres. Ils l’avaient re saoulé de questions. Après les avoir appâtés, il les avait fait trop attendre. Ils s’en vengeaient.&lt;br /&gt; Il avait répondu à tout. Il avait décrit en détail le butin de Kleworegs, en particulier le k’rawal. À la différence de Nerswekwos, il avait été bien placé pour le voir. Il l’avait contemplé le temps nécessaire. Les hiérarques avaient eu un long conciliabule. Ils enverraient un messager à ce roi si aimé des dieux. Il lui demanderait d’apporter à leurs sanctuaires le miroir de bronze que le guerrier, encore admiratif, avait décrit avec tant de fougue... plus encore le fameux joyau qui, au travers de sa description, paraissait le signe, visible et annoncé, de leur puissance et de leur unité. Puissance : il emprisonnait un monstre sans lui laisser le moindre espoir de s’enfuir jamais. Unité : le bloc ne semblait jamais devoir être brisé, à quelque force et tension qu’on le soumette. Rien que pour cela, il en valait la peine d’aller vérifier ses dires. Rien, jusqu’à présent, parmi ce que les recherches et les raids avaient permis de découvrir, ne correspondait autant à la promesse divine.&lt;br /&gt; Le roi des rois avait écouté et examiné son récit sous toutes ses coutures. Il avait convoqué ses messagers. Il leur avait répété l’histoire de l’envoyé et du joyau. Habitués à parcourir le monde, en connaissant les secrets, ils lui diraient ce qu’il voulait savoir. Ce dont avait parlé le blessé était-il une pièce unique et jamais vue, ou un objet courant dans certaines terres ou hors d’Aryana ? Il n’évoquait rien. Nul n’avait jamais entendu parler de quelque chose qui y ressemblât. L’un d’eux s’était levé. L’air dubitatif, il avait parlé, du bout des lèvres. La description cadrait de loin avec celle d’une petite pierre symbolisant la lumière de Dyeus Pater, partie du bric-à-brac, entassé dans son temple, trésor du peuple... Cette gemme serait la version naine de celle dont Kleworegs s’était emparé...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 213</title>
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        <updated>2009-05-19T09:54:32+02:00</updated>
        <published>2009-05-19T09:54:32+02:00</published>
        <summary>  Ils auraient dû être avertis bien plus tôt. Mais l'envoyé de la patrouille...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Ils auraient dû être avertis bien plus tôt. Mais l'envoyé de la patrouille avait, peu après son départ, fait une mauvaise rencontre. Sa route avait croisé, le dérangeant dans sa chasse, celle d’un mange-miel. La bête, rage exacerbée par la faim, s’était jetée sur son cheval. Surpris par l’attaque, le coursier l’avait fait choir dans sa vaine ruade désespérée pour échapper à la mort.&lt;br /&gt; Son cheval, éventré, agonisait. Il avait eu le temps de se relever. Étourdi par sa chute, il n’était pas venu sans peine à bout du fauve qui, sa rage assouvie sur l’étalon, s’était retourné contre son maître. Avant de le tuer, il avait reçu de nombreuses griffures, larges, profondes. Son sang et ses forces s’en étaient écoulés. Il était resté plusieurs jours près des cadavres. Il devait dormir et se soigner. Les herbes que les guerriers gardent dans un petit sachet n’avaient que calmé sa douleur. Un peu remis sur pied, il avait marché vers le village le plus proche. Il y était déjà passé. Il s’était fait reconnaître. Il avait troqué son glaive à la poignée dorée contre un cheval et une mauvaise hache. Il avait perdu au change. S’imaginaient-ils, devant son piteux état, ne jamais le revoir ?&lt;br /&gt; Il les avait mal jugés. À peine l’échange effectué, le guérisseur l’avait supplié de se reposer. Il devait recouvrer force et santé. Il aurait, alors, une petite chance d’échapper au sort fatal qui le menaçait avec ses blessures pas ou mal soignées. Il avait refusé. Le prêtre lui avait donné un petit pot rempli d’un baume. Il guérirait ses plaies suppurantes, déjà infectées. Il l’avait obligé à rester le temps d’en ôter le pus. Non sans peine. Il l’avait menacé de reprendre le cheval s’il ne lui cédait pas.&lt;br /&gt; Un peu rétabli, remis sur pieds, il était reparti, sur leurs paroles de chance. Son voyage avait été pénible, tout en courtes étapes. Par la vertu de l’onguent, ses blessures, tout en continuant à l’élancer, avaient un peu cicatrisé. Il était enfin arrivé.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 212</title>
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        <updated>2009-05-18T09:24:04+02:00</updated>
        <published>2009-05-18T09:24:04+02:00</published>
        <summary>   L’INVITATION    Ils ne tardèrent à le rejoindre. Ils l’accueillirent avec...</summary>
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           &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;b&gt;L’INVITATION&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Ils ne tardèrent à le rejoindre. Ils l’accueillirent avec les formules de respect et de bienvenue les plus fleuries et lui firent escorte. Arrivé devant Kleworegs, il mit pied à terre. Il le salua, se présenta, lui exposa l’objet de sa visite.&lt;br /&gt; Le roi l’invita à le suivre. Le chef patrouilleur et l’élite de ses guerriers se joignirent à eux. Tous se rendirent chez lui. Il ouvrit sa porte. Il signifia à l’un de ses habituels commensaux d’aller chercher l’hydromel. Il fallait désaltérer l’arrivant et lui faire l’honneur de l’accompagner.&lt;br /&gt; Ils entrèrent. Une foule se forma devant le seuil. Ils espéraient des nouvelles. L’envoyé ponctua son salut d’un large sourire peu engageant. Il lui manquait trois dents... Moins qu’à beaucoup, mais en haut et devant. Il ne pouvait le cacher.&lt;br /&gt; De tempérament et par contrainte, il souriait peu. Il affectait au contraire une attitude revêche, hautaine – un homme de son rang ! Face à Kleworegs, il était, pour la première fois depuis longtemps, tout amabilité. Il avait croisé nombre de ses hôtes. Tous, quand il avait demandé s’il était sur le bon chemin, le lui avaient confirmé. Ils lui avaient conté la magnificence et la munificence de son accueil. Dommage qu'il arrive si tard ! Il n’avait plus rien à troquer, hors des pièces rares à la seule portée d’un haut roi. Il les avait écoutés, et agité son étendard dévoilé. Le signe était clair. Ils n’avaient vu que le début de son ascension... Ils l’en avaient loué encore plus.&lt;br /&gt; Il l’admirait. Ce n’était pas la teneur de son message qui l’aurait fait changer d’avis. Depuis que le roi des rois et le conseil des prêtres le lui avaient confié, il se l’était récité cent fois. Non de crainte de l’oublier, pour en goûter toutes les implications... Dans quelques instants, après s’être abreuvé pour ne pas avoir la gorge sèche, il le délivrerait... Il prendrait son temps. Kleworegs avait attendu. Il patienterait encore. Ce ne serait pas cher payer le plaisir d’entendre les ordres de Kerdarya récités d’un seul tenant, d’une voix ferme. Rien n’est pire que les interruptions ponctuant un discours d’assoiffé.&lt;br /&gt; Il n’avait aucun scrupule à le tenir sur la braise. Ni lui ni Kerdarya n'avaient perdu un instant. Il était parti dès que le roi des rois lui avait confié son message. Il n’avait dû le répéter que trois fois avant de le connaître par cœur. Il n’en avait rien oublié, pas plus que des circonstances de cette mission. Les hiérarques n’avaient pas traîné non plus. Ils n’avaient pris que le temps d'examiner le récit du patrouilleur... Non, nul n’était responsable du retard. Bhagos avait entravé les pas de celui qui avait vu le Joyau. Lui seul était à blâmer.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 211</title>
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        <updated>2009-05-17T14:24:05+02:00</updated>
        <published>2009-05-17T14:24:05+02:00</published>
        <summary>   Non, Kleworegs n’était pas passé dans le village où ils savaient tout....</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;i&gt;Non, Kleworegs n’était pas passé dans le village où ils savaient tout. Tant pis ! Il profiterait de leur hospitalité pour se reposer et recevoir les soins indispensables à la poursuite de sa quête. Il attendait, interrogeant tout un chacun. Il avait honte. Comme ils étaient, dans son trou, ignorants et loin de tout !&lt;br /&gt; Le monde était si beau, si varié. Il y avait tant de choses à découvrir... Et pour venger l’honneur, il allait l’abandonner. Ah, renoncer à la vengeance ! Tout éprouver, tout connaître ! Il n’en avait pas le droit. Il n’en aurait jamais le temps. Il implora les dieux. Qu’ils lui permettent de goûter un peu, avant de la perdre, cette vie qu’il découvrait.&lt;br /&gt; Ce village était un vrai rendez-vous de voyageurs. Les visiteurs du clan du Cheval ailé avaient rapporté qui des trésors, qui des anecdotes, de leur séjour chez Kleworegs. Ils avaient aussi tenu leurs promesses de répandre partout sa gloire. C’est ainsi qu’il entendit parler, dans ce wiks où il soignait sa blessure, du grand troc de son butin. À peine cette nouvelle effleura-t-elle ses oreilles, il se leva et alla interroger l’arrivant. Il ignorait où était ce village, mais avait su cette histoire par un prêtre d’une bourgade non loin de la sienne. Son chef y avait participé. Il lui dirait où porter ses pas pour s’y rendre.&lt;br /&gt; Il serait volontiers parti sur-le-champ, tout regret d’être passé à côté de la vie aboli. Sa jambe le faisait encore un peu souffrir. Le voyageur l’entendit. Il rentrait chez lui. Qu’il profite de son char ! Une fois arrivés, il lui en montrerait la route, à moins qu’il ne l’y conduise. À lui de se débrouiller ensuite.&lt;br /&gt; Il acquiesça. Il se rapprochait de sa cible.&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 210</title>
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        <updated>2009-05-16T12:48:00+02:00</updated>
        <published>2009-05-16T12:48:00+02:00</published>
        <summary>  Le chef patrouilleur, honte au front, partageait ce souci. Il les avait...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Le chef patrouilleur, honte au front, partageait ce souci. Il les avait entendus. Son envoyé n’avait pas rendu l’intérêt de la gemme. Quel idiot ! Il n’avait su expliquer aux plus grands d’Aryana que le Signe (Il avait tout expliqué à Kleworegs. Les oracles avaient reçu un avis des dieux. Un roi guerrier prendrait de vive force à l’ennemi et tiendrait entre ses mains un joyau d’origine céleste. Il conduirait son peuple à un grand destin.) les attendait ici. Les siens grondaient devant ces calomnies. C’était dur de respecter l’hospitalité et de les défendre envers et contre tous. On s’acheminait vers des rixes. Dieux merci, peu après, un garde se présenta, tout essoufflé. Un messager, porteur de l’étendard de Kerdarya, arrivait.&lt;br /&gt; On ne le confiait, en de très rares occasions, qu'aux messagers de confiance. Ils se précipitèrent aux remparts. Il flottait au loin, éployé et brandi pour n’échapper à aucun regard. Le patrouilleur avait accompli sa mission. Ses amis prenaient leur revanche. Ils tournaient en dérision leur manque de confiance. Les autres le regardaient. Leur joie était grande. Ils en supportaient les sarcasmes, tout en s’étonnant du retard, avec un remarquable souci de pardon des injures. Pour calmer les susceptibilités, Kleworegs les invita tous à venir boire l’hydromel. On se réconcilia autour des cornes.&lt;br /&gt; L’exaspérant retard était oublié. On ne chercherait pas de coupable. Le cœur n’était plus qu’à la joie. Kleworegs héla deux des siens.&lt;br /&gt; – Partez à sa rencontre, dites-lui que nous l’attendons... Et une fois à ses côtés, traitez-le bien et parlez-lui comme au plus haut prêtre ou au roi des rois.&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 208</title>
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        <updated>2009-05-14T09:12:27+02:00</updated>
        <published>2009-05-14T09:12:27+02:00</published>
        <summary>  Il s’ensuivit un effet boule de neige. La popularité des maîtres du village...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Il s’ensuivit un effet boule de neige. La popularité des maîtres du village crût encore. Elle atteignit un degré auquel ils n’auraient jamais espéré accéder. Les dieux les favorisaient de toutes les manières. Ce devint un article de foi. Une bonne moitié des assistants, dont certains ignoraient encore la veille jusqu’à leur nom, étaient prêts à tuer pour lui. Chacun louait leurs nombreuses qualités, cherchant à les dénombrer. Une fois ce compte fait, ces zélateurs étaient à bout d’imagination. D’autres se levaient pour surenchérir. Ces vertus étaient poussées chez eux au point ultime. Nul ne les égalait en bravoure non plus qu’en aryamenos. Nul n’illustrait mieux ces vertus si prisées, car inhérentes à leur peuple. Ils affectèrent d’être gênés par cette avalanche de louanges. Leur confusion sonnait faux. Leurs réticences cessèrent bientôt. Cette admiration sincère était trop agréable.&lt;br /&gt; On continuait à admirer le k’rawal, et à en parler. Son caractère sacré s’imposait. Plus guère n’osaient prononcer son nom. Pour l’adorer ou en implorer la protection, ils disaient la pierre qui flamboie, la protectrice, le talisman. À force d’en parler par allusions et périphrases, sa force mystique et surnaturelle croissait. Ils s’en aperçurent vite. Cela les réjouit, d’autant plus que ce respect et cette adoration s’adressaient aussi à eux, ses inventeurs. Il avait déjà commencé à faire tomber sur eux une pluie drue d’honneurs et d’avantages... Si en plus c’était le Signe.&lt;br /&gt; Un de ces avantages apparut vite, déjouant les prévisions pessimistes. Devant l’affluence devant lui, d’aucuns s’étaient inquiétés. Les visiteurs, emportés par le désir de le voir, négligeraient le troc au profit des dévotions. Les affaires marcheraient mal. Ils feraient la queue pour l'admirer, plutôt que d’échanger leurs bêtes. Crainte vaine ! Son caractère sacré s’était étendu, de proche en proche, à tout ce qui avait affaire, de près ou de loin, avec lui. Chacun se précipitait pour en obtenir sa part. Les hommes de Kleworegs, rechignant à troquer le bétail capturé, restaient disposés à céder glaives de parade et captifs. Les échanges allèrent grand train. Dès le premier soir, tout ce qui était disponible était échangé ou retenu au mieux, et au-delà. Les visiteurs offraient, contre des captifs solides, capables de recevoir une éducation et de les bien servir, non les coutumières dix pièces de bétail, mais douze, treize, plus encore.&lt;br /&gt; Pour ceux de la grande horde, les prix furent encore plus élevés. Leur utilité en tant que serviteurs serait nulle. Ils causeraient plus d’ennuis qu’ils ne rendraient de services… mais leur simple présence serait l’ornement et la fierté de leurs acquéreurs. Ils partirent contre environ le double de ce qu’on offrait pour un captif ordinaire, de taille, santé et âge égaux... Ils ne seraient peut-être pas si inutiles. On les accouplerait aux meilleures servantes… Et même leur vigueur enfuie, ils illustreraient encore la puissance de leurs maîtres. Ils étaient un élément de prestige. Leur prix, tout élevé qu’il fût, se justifiait.&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 207</title>
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        <updated>2009-05-13T14:58:48+02:00</updated>
        <published>2009-05-13T14:58:48+02:00</published>
        <summary>  Tous, y compris ses familiers, s’exclamèrent devant ce prodige. Il faillit...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Tous, y compris ses familiers, s’exclamèrent devant ce prodige. Il faillit être fatal au profanateur. La réaction du Joyau était une réponse immédiate des dieux à son sacrilège. Ils montraient leur volonté. La foule se rua pour l’écharper. Les gardiens eurent la plus grande peine à la contenir. Seule l’autorité conjuguée du prêtre et de Kleworegs, remonté lui prêter main forte dès qu’il avait senti les prémisses du grabuge, désarma sa colère. Cette intervention n’avait rien d’altruiste. Tout était à craindre si les assaillants, envahissant les tréteaux, le faisaient tomber et le détruisaient. Pour le reste, l’insulteur des dieux, des rois, des prêtres et des siens aurait pu périr cent fois.&lt;br /&gt; Leur prestige suffit. La foule renonça à grimper faire un mauvais parti au sceptique. Même les plus excités abandonnèrent l’idée de lui faire passer le goût du gibier. Il devait pourtant être puni. Pour avoir souillé le sacré, il était devenu un réprouvé, son noir pendant et son double démoniaque. Sacré/réprouvé, il ne pouvait plus être touché que par la main des prêtres. Son châtiment serait le bannissement du pain et de l’eau. Il serait dépouillé de tous ses vêtements et chassé, le corps teint d’une matière indélébile, du village offensé. Ceux qui le rencontreraient seraient tenus de ne pas lui accorder l’hospitalité de leur feu, même par la pire froidure de l’hiver, non plus que la charité d’une gorgée d’eau, même au plus brûlant de l’été. Retranché de l’espèce des hommes, devenu intouchable, il n’aurait plus que la compagnie des bêtes et l’eau des ruisseaux. Sauf rarissime pardon des dieux, il périrait vite de leur terrible justice.&lt;br /&gt; Kleworegs conféra longtemps avec ses pairs et les prêtres. Il se rangea à l’avis de son bhlaghmen, tout heureux d’avoir été témoin d’un miracle. Un tel châtiment, pourtant mérité, messiérait en un tel jour de liesse, de fête, de triomphe. L’on confisqua tout ce que l’impie avait amené à troquer. Kleworegs eut ses bijoux. Les prêtres, ses bêtes. Elles seraient la base du futur troupeau où l’on puiserait les victimes des sacrifices au Joyau. On le chassa du village qu'il avait bafoué. Il s’enfuit, aboyé de tous. On cracha dans les traces de ses pas. Il s’en tirait trop bien !&lt;br /&gt; Pendant ce jugement, au vu et au su de tous, les commentaires sur le prodige n’avaient pas manqué. Seuls les prêtres sur l’estrade l'avaient bien vu, mais l’avaient décrit d’abondance à leurs voisins. Ceux-ci en avaient repris et amplifié le récit. Du premier au dernier rang, l’on avait échangé idées, opinions, suppositions. Peu importait qu’on l’ait entr’aperçu de loin ou que, comme la plupart, on n’en ait rien vu. C’était à qui en disserterait avec le plus d’éloquence, entrelardant ses discours, tous les trois ou quatre mots, de lieux communs et de mots tout faits propices à appuyer le surnaturel.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 206</title>
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        <updated>2009-05-12T09:51:13+02:00</updated>
        <published>2009-05-12T09:51:13+02:00</published>
        <summary>  Ils se tournèrent vers la source de ce bruit incongru et sacrilège. Le...</summary>
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           &lt;p&gt;Ils se tournèrent vers la source de ce bruit incongru et sacrilège. Le profanateur était le roi d’un clan éloigné, arrivé le matin même. Son visage était empourpré. Les autres notables ne l’avaient pas attendu pour contempler la gemme ! Il fendit la foule. Arrivé au bas de l’estrade, il sauta, souple, dessus.&lt;br /&gt; Il fit face à l’assistance médusée par son audace. Ceux admis la veille au soir à admirer le k’rawal ne l’avaient pas fait d’assez près. Il l’observerait avec plus de soin. Il dévoilerait la supercherie que ses pairs trop naïfs et abusés n’avaient su éventer.&lt;br /&gt; Il ne pouvait y avoir pire insulte envers le village hôte et les chefs qui avaient reconnu le caractère exceptionnel du Joyau, ni pire sacrilège. Comment les lui faire expier ? Le prêtre s’assura d’un signe de l’accord de Kleworegs. Il laissa l’impie s’approcher de la gemme et la prendre pour l’examiner. Les dieux sauraient le mieux punir l’outrage subi. L’incrédule l’éleva à hauteur de ses yeux. Il la mira, comme l’on fait d’un œuf pour y repérer une éventuelle fêlure. Rien de ce qu’il espérait n’apparut. Il ne se tint pas pour battu. Le monstre était peint dessus. Seule une illusion d’optique faisait croire à sa présence en son sein. Il demanda un linge, mais, pressé d’effacer l’image, n’attendit pas. Il la frotta avec force, longtemps, le long de sa manche de fourrure.&lt;br /&gt; Quand il regarda sa surface, il resta bouche bée, stupéfait. Rien n’y avait disparu, mais de nouveaux poils, souples, avaient poussé dessus et étaient venus s’ajouter aux rigides soies de l’arachnide. Le prêtre, tout aussi surpris, la lui arracha des mains. Il ne rêvait pas. Des poils adhéraient à l’ambre sec. Il les fit partir en la frottant avec une bande de lin. Quand il la repassa tout près de la fourrure du chef, d’autres poils en jaillirent et vinrent s'y coller. Toujours incrédule, il la frotta encore une fois. Ils tombèrent comme avant. Il devait en avoir le cœur net. Il essaierait sur une autre. Il fit grimper un guerrier, et la passa au-dessus de sa manche. Le pouvoir d’attraction déjà manifesté apparut à nouveau. Le Joyau fut vite couvert de petits débris perdus dans l’épaisseur des poils.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 205</title>
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        <updated>2009-05-11T10:02:44+02:00</updated>
        <published>2009-05-11T10:02:44+02:00</published>
        <summary>  Le prêtre tenait le Joyau à hauteur du front. Son respect et ses...</summary>
        <content type="html" xml:base="http://aubenaissancedeleurope.blogs.letelegramme.com/">
           &lt;p&gt;Le prêtre tenait le Joyau à hauteur du front. Son respect et ses précautions l’avaient tétanisé. Raide comme piquet, il les laissait le dévorer du regard. Les mieux placés, plutôt que de céder leur place à ceux du fond, qui voulaient à leur tour bien voir son captif, le leur décrivaient en termes vagues. Cela ne faisait que les exaspérer. Comment se satisfaire de ne se le représenter qu’à travers ce que les privilégiés des premiers rangs en distinguaient et en voulaient dire ? Déjà s’élevaient des interrogations. Comment la bête y avait-elle pénétré ? Notables ou gens de peu, chacun se posait les mêmes questions, élevait les mêmes doutes.&lt;br /&gt; Il se serait cru la veille au soir. Il y avait eu, comme ici, une majorité pour tomber d’admiration et louer son roi d’avoir été distingué par les dieux. Les cris de la minorité curieuse avaient prévalu. Comment l’animal ou le démon, d’évidence ni peint ni sculpté – nul ne serait arrivé à une telle perfection dans la précision et la minutie des détails, faute de couleurs et d’instruments appropriés – avait-il été introduit dans le bloc d’or limpide ? Devant lui, ils avaient cherché partout à sa surface une ligne indiquant que le bloc avait été clivé et creusé, l’animal posé dans la cavité ainsi formée, les deux plaques recollées. Ils s'étaient crevé les yeux en pure perte. La pierre dorée l’englobait d’un seul tenant. Le comment de sa présence restait une parfaite et totale énigme. Quant au pourquoi, on n’en savait pas plus.&lt;br /&gt; Pewortor avait son idée. Au moment de la mort de la femme qui le lui avait confié, son esprit, avide de revanche et de carnage, s’y était introduit et matérialisé sous la forme de ce monstre noir et velu. Cette étrange créature à six bras, noire, jonglant avec des formes évoquant des crânes, ressemblait trop à la disposition de son cadavre et des têtes coupées des Muets ornant son tombeau. Le Joyau tenait en son sein une déité de destruction et de mort, toute à leur service et à leur dévotion. La plupart n’étaient pas d’accord. Elle représentait un démon, analogue à l’astre noir, prisonnier du soleil à jamais. Il avait arrêté les discussions. Soumis volontaire ou captif, déesse ou démon, il était en leur pouvoir. Cela seul importait. On attendrait les jours suivants, ou jamais, pour exposer son hypothèse. Ils avaient préféré s’intéresser à son aspect. La substance de la gemme les étonnait par sa beauté. La présence de la créature y ajoutait le mystère. Nul n’aurait l’outrecuidance de le vouloir percer. Cette prise était digne du palais du roi des rois ou plutôt, au vu de son caractère sacré indubitable, de l’érection d’un temple à Kerdarya. Elle apporterait à leur hôte un renom dans tout le pays.&lt;br /&gt; Il revint à eux. Qu’ils arrêtent avec leurs questions ! Leurs prêtres et rois l’avaient fait avant. Le Joyau venait des dieux. La bête n’avait pu y pénétrer ou y être enfermée que par leur soin. Cette réponse semblait les satisfaire tous. Soudain, un grand rire éclata.&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 204</title>
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        <updated>2009-05-10T11:56:20+02:00</updated>
        <published>2009-05-10T11:56:20+02:00</published>
        <summary>  Tous ceux qui avaient parié sur la perle ou la dent de géant ressentirent...</summary>
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           &lt;p&gt;Tous ceux qui avaient parié sur la perle ou la dent de géant ressentirent une amère déception. Ils commencèrent à évaluer leurs pertes. Parmi ceux qui avaient misé sur une gemme, seuls ceux restés dans le flou s’en tiraient avec des gains. Tous les autres, partisans de la turquoise venue des plateaux lointains, de l’opale ou de l’onyx nés au-delà des monts du midi, pleurèrent leurs béliers, leurs porcs ou leurs fourrures perdus... Nul n’en avait deviné la nature.&lt;br /&gt; Ni joie ni déception ne durèrent. La pierre, seule, retint vite l’attention, l’admiration, la dévotion. C’était un corps inconnu, une gemme encore jamais vue, morceau de soleil gros comme deux poings de guerrier réunis pour frapper. Énorme, de nature inouïe, elle était déjà une merveille de la création et un inestimable don des dieux. Seul un peuple de cent coudées au-dessus des autres avait pu en être gratifié... Il y avait plus... Il y avait dans – à l’intérieur de – cette gemme hors du commun une présence prouvant une intervention de forces au-delà des sens de l’homme. Elle contenait un démon, sous la forme d’une hideuse araignée, emprisonné pour l’éternité.&lt;br /&gt; Ceux à plus de dix pas n’en voyaient rien. La bulle translucide devenait opaque. Son épaisseur et sa couleur, ajoutées à la distance, les empêchaient d’y distinguer l’animal captif, le transformant en une grosse impureté qui en gâchait la beauté. Ceux qui étaient plus près, séparés par le seul mince cordon des guerriers, l’apercevaient. Cependant, de tous les visiteurs, seuls les notables invités à le voir la veille au soir auraient pu décrire le monstrueux arachnide prisonnier en son sein. Avec ses longues soies sur le corps et ses pattes éployées de toute leur longueur, les deux postérieures semblables à des jambes, les six autres paraissant jongler avec les petites bulles d’air prises à leurs extrémités ; avec sur sa carapace une tête de mort, image agrandie des formes qu’on devinait au sein des minuscules vacuoles emplies d’air et de poussière, il leur était apparu un modèle réduit, d’une totale fidélité, du mal absolu. Il exprimait sous sa petite taille l’essence de l’horreur et de la perversité. Il était heureux que ce monstre, image de l’ennemi, soit leur captif. Ils étaient forts et savaient réprimer leur frayeur devant les pires maléfices.&lt;br /&gt; Les hommes devant l’estrade étaient rassurés. Dans sa carapace soleil comme la chevelure de ceux que les dieux avaient élus pour le surveiller, il ne pourrait étendre son hideux pouvoir sur le monde. Dans le quadruple cercle du joyau, de son coffret aux signes protecteurs, du temple enceinte sacrée qu’on bâtirait autour de lui, et de leur terre, son impuissance était complète. Il serait à jamais captif, comme il sied à un être de ténèbres et de mort, de sa lumineuse force, claire et brillante comme la substance de sa gemme et le teint de ses nobles.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 203</title>
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        <updated>2009-05-09T10:26:00+02:00</updated>
        <published>2009-05-09T10:26:00+02:00</published>
        <summary>  Il descendit de l'estrade. Il les rassura. Ils seraient les premiers, quand...</summary>
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           &lt;p&gt;Il descendit de l'estrade. Il les rassura. Ils seraient les premiers, quand le bhlaghmen sortirait, à voir le k’rawal. Ils se calmèrent.&lt;br /&gt; Son prêtre sortit. Ce fut une belle bousculade. Dieux merci, il avait prévu une forte escorte. Elle dut jouer du plat de l’arme. Le Joyau, sinon, serait tombé. Il leur fit honte et les mit en garde. S’ils ne s'en tenaient à distance et ne le laissaient passer, ils ne seraient pas autorisés à le voir, non plus que le reste du butin. La menace fit son effet. Ceux qui se pressaient et s’agglutinaient à l’entrée de la tente reculèrent de plusieurs pas. Le prêtre leur fit la faveur de le leur présenter. Leurs regards eurent tout le temps de s’en repaître. Il le remit en place et se dirigea vers les tréteaux. La petite foule le suivit. Dans son sillage, elle s’en rapprocherait.&lt;br /&gt; Il arriva au pied. Il gravit, lent, précautionneux, l’échelle qui y donnait accès. Il brandit le coffret à deux mains, tout au-dessus de sa tête. La foule poussa un grand “ Ah ! ” satisfait et soulagé. Sa longue attente était terminée. Le moment était venu. Elle pouvait compter, comme si elle les voyait s’égrener, les instants qui la séparaient encore de la vision espérée.&lt;br /&gt; Kleworegs partageait son impatience. Peu lui importait de rester au bas de l'estrade (Les prêtres, parlant du sacré dont le Joyau faisait à coup sûr partie, y étaient les seuls admis). Il restait le maître du jeu. Quand ses hôtes acclameraient la pierre, c’était lui, bien qu’il en sache moins qu’un enfant en bas âge sur tout ce qui touchait au divin, non la robe de lin trônant face à eux, qui serait à l’honneur. Nul n’en doutait, son prêtre moins que tous les autres.&lt;br /&gt; Il avait cependant, en cet instant, son heure de gloire. Il toisa la foule, plein de morgue, jusqu’au silence total. Il n’eut guère à attendre. Il ne montrerait pas le k’rawal avant. Elle s’apaisa. Il fit signe à deux acolytes de s’approcher. À l'un, il confia la boite pyrogravée. Il l’ouvrit, comme s’il craignait que son contenu ne s’en échappât, en psalmodiant à voix basse. À l'autre, il en donna le couvercle. Il présenta à la foule le côté marqué de la grande croix. Elle regardait, transie. Il se tourna vers le premier acolyte. Il plongea les mains dans la cassette pour y prendre le Joyau. Il reposait sur une bande de tissu rouge, pliée et repliée. Le cachant encore, il le retira et, le pressant contre son sein, à hauteur du plexus, se retourna. Avec lenteur, il éloigna ses mains de sa poitrine. Levant les bras, il l'exposa... Ils contemplèrent enfin la pierre-merveille.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 202</title>
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           &lt;p&gt;Le soleil s’était levé depuis peu. Tous ou presque étaient déjà debout, yeux fermés à moitié de n’avoir pas ou peu dormi. Ils attendraient des pas de Sawel pour voir l’objet de leur convoitise. Certains avaient passé la nuit devant sa tente. De leur groupe provenait un concert de toux et d’éternuements. Il trahissait, autant que la gelée blanche, le froid nocturne.&lt;br /&gt; Kleworegs – il était bien le seul – dormait encore. Le bhlaghmen s’était réveillé. Il vint le prier de se montrer. Sa vue calmerait la foule au bord de la ruée.&lt;br /&gt; Il s’habilla. Le prêtre fit renforcer la garde. Enfin, il sortit. Ils se dirigèrent vers l’estrade où il avait prévu de monter, la veille, dire son périple. Les circonstances l’avaient contraint à rester à sa place au banquet. Il y déclarerait l’ouverture des festivités et y présenterait sa prise dans un luxe et une débauche d’effets à marquer ses hôtes pour une génération. Ceci compenserait l’absence de solennité de son récit.&lt;br /&gt; Les acolytes avaient décoré l’estrade aux couleurs des neres. Un velum de lin blanc, de nombreuses bandes non cousues, l'abriterait. Aux quatre coins flottaient des bannières rouges, découpées dans le tissu aux reflets brillants pris dans le butin. On y accédait par une échelette aux barreaux larges et peu espacés, facile à grimper même bras encombrés. L’ostension serait réussie, qu’importe le temps. Il en avait étudié la disposition et la décoration à cet effet. On pourrait admirer le Joyau tant qu’il ferait jour. Pour plus de précautions, un second dais, destiné à le protéger, doublait le premier voile de lin. Entre les linges qui l’entouraient et les guerriers qui le gardaient, il était bien défendu, des éléments comme des hommes.&lt;br /&gt; Kleworegs, arrivé au pied, y monta. La construction était conforme à ses vœux. Son bhlaghmen n’aurait aucun mal à faire comme lui, même avec le coffret. Une grande foule se pressait devant. Il la harangua. Pas d’inquiétude ! Ils allaient enfin, ce n’était plus qu’une question d'instants, contempler le Joyau. À preuve, le prêtre se dirigeait vers la tente où il était gardé. Il retournerait bientôt avec lui. Qu’ils patientent encore un peu, un tout petit peu ! Leur récompense n’en serait que plus grande.&lt;br /&gt; Des cris de déception s’élevèrent, venus des rangs de ceux qui avaient veillé, dans la nuit froide, à la porte de la tente. Leur attente avait été mal récompensée. Ils ne le faisaient pas dire. Ceux près de l’estrade poussèrent des cris de plaisir. Ils fâchèrent encore plus ceux qui attendaient au mauvais endroit.&lt;/p&gt; 
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        <author>
            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 201</title>
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        <published>2009-05-07T11:10:00+02:00</published>
        <summary>   LE JOYAU     C’était fait. Les notables des wikos lointains comme des plus...</summary>
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           &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;b&gt;LE JOYAU&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;C’était fait. Les notables des wikos lointains comme des plus importants clans amis avaient enfin vu, à la lueur des torches, l’objet de leur curiosité. Celle-ci apaisée, ils étaient rentrés. Entourés des leurs, ils en louaient la beauté, l’extrême rareté, la part de divin. Leurs entourages, alléchés, voulaient en savoir plus. Ils s’y refusèrent. Ils avaient juré silence. Il eût été trop facile de savoir l’origine de la fuite. Nul ne se serait plus fié, dans le futur, aux bavards.&lt;br /&gt; Après ces non-révélations, personne ne put dormir. Sous chaque tente on échangeait des idées. Très vite elles volèrent par tout le camp. On parla d’une gemme énorme, d’une perle d’une grosseur inouïe, à l’éclat et l’orient fabuleux. Peut-être était-ce la dent d’un géant, peut-être... Les hypothèses ne manquaient pas. On en vint vite aux paris. Les partisans de la gemme étaient les plus nombreux. Miser dessus serait d’un rapport décevant. Quelqu’un décida de parier sur sa nature. Sa suggestion fut aussitôt reprise. Opale, onyx et turquoise se livrèrent une lutte indécise. À la fin, une majorité se porta sur celle-ci. On la trouvait, aux dires des gens informés, dans des mines sises dans les terres lointaines où passent les caravanes, entre midi et levant. Ils ne les avaient pas vues, certes, mais elles existaient. Ces pierres même en portaient témoignage. Pour le reste, ce n’était qu'on-dit, de cinquième ou sixième main, de voyageurs à peine fiables.&lt;br /&gt; Les notables en connaissaient la nature. Seuls les guerriers d’un moindre rang, et pauvres, pariaient. Aussi ne misa-t-on jamais plus qu’un bélier ou un bouc. C’était, pour certains, un enjeu déjà sensible. D’aucuns, devant son importance, voulurent soudoyer des villageois. Ils avaient vu le joyau. Ils pourraient les éclairer sur sa nature. Tous, ignorance pour la plupart, volonté de tenir leur serment de discrétion, observèrent un silence de tombe. Les dons des curieux pesaient plume pour eux. Ils en riaient, riches de leurs parts de butin ou de leurs grands troupeaux... Les corrupteurs en furent pour leurs promesses et bonnes paroles.&lt;/p&gt; 
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            <name>Marc Galan</name>
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        <title>AUBE, la saga de l'Europe 200</title>
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        <published>2009-05-06T09:57:57+02:00</published>
        <summary>  Un tonnerre de hourras salua sa péroraison. Il voulut se rasseoir. On ne le...</summary>
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           &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Un tonnerre de hourras salua sa péroraison. Il voulut se rasseoir. On ne le tint pas quitte. Les assistants réclamèrent d’être enfin admis à contempler le k’rawal. Il était déjà tard. Il en profita pour justifier son refus de le leur présenter sur-le-champ.&lt;br /&gt; – La nuit ne va plus tarder. Seuls les premiers prêtres et les rois des villages éloignés le verront ce soir. Ne vous inquiétez pas ! Demain, vous pourrez tous l’admirer et juger combien Kleworegs le pieux est puissant et aimé des dieux.&lt;br /&gt; Sur cet auto-éloge, il sortit de la place où il présidait. Son bhlaghmen, Pewortor, et les notables invités lui emboîtèrent le pas. Ils se dirigèrent, ensemble, vers la tente où reposait, sous une garde farouche, leur joyau suprême, le k’rawal.&lt;br /&gt; Le mot était âpre à la langue. Hélas, on ne modifie pas le nom des choses sacrées. Il aurait eu moins de scrupules s’il avait su que la fille n’avait fait que dire à Pewortor : “ Prends-le ! ”, dans la langue de son peuple d’une lointaine vallée, là-bas où le soleil est au plus haut.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Il se réveilla, fatigué, affamé. La Brillante éclairait son visage. Elle lui dit qu’une nuit s’était écoulée, sans qu’il en ait eu conscience. Sa faim s’expliquait, mais sa fatigue ? Comment avait-il pu dormir si longtemps ?&lt;br /&gt; Il posa sa main sur sa cuisse. Ce si léger attouchement le fit gémir. Il baissa les yeux. La blessure infligée par le sanglier suppurait. Il se sentait faible. Il devait manger un peu.&lt;br /&gt; Il plongea la main dans le bissac où il avait mis les provisions destinées à la sustenter dans sa marche vers le village où ils savaient tout. Il était “ à trois jours, vers là où dort le soleil ”. Comment pouvaient-ils s’être, et l’avoir, trompé à ce point ?&lt;br /&gt; Il en sortit une bouchée, sa dernière. Il la mastiqua un long moment, la déglutissant avec effort. Quand il eut fini d’avaler le dernier morceau de ces provisions qui lui avaient fait cinq jours, tant il grignotait sans appétit et au bord de la nausée, son bon sens revint. Il n’aurait pas dû critiquer les hommes du dernier village. Il s’était peut-être engagé dans une mauvaise direction... À moins que... Il avait marché comme il s’était nourri. Il avait, faible et malade comme il l’était, dormi plus longtemps qu’il ne pensait, avancé d’un pas bien plus lent.&lt;br /&gt; Il ne pourrait pas continuer, ventre creux, une jambe blessée, à pister Kleworegs. Il avait besoin de repos, ce que chacun lui accorderait, et d’une monture. Sans doute devrait-il la voler, violant les lois de l’hospitalité. Qu’importait, l’honneur est au-dessus de toute loi.&lt;br /&gt; Il continua. S’il était allé tout droit, le village désiré (mais n’importe lequel, avec un bon guérisseur, conviendrait) ne tarderait pas à apparaître.&lt;br /&gt; Des fumées dans le ciel... Il n'en était plus loin !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; 
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